dimanche 19 avril 2009
LANCEMENT DE LA RADIO KASSATAYA
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Chers bloggers,
Après des mois d’hésitations et de labeurs nous avons décidé de lancer nos émissions sur kassataya.com. Les travaux sont en cours comme vous pouvez le vérifier. Nous avons jugé utile, après concertation, de mettre à profit l’anniversaire des deux de la remise du pouvoir à un Président civil élu au terme d’une élection saluée par tous pour ce lancement. Le site et la qualité des émissions s’étofferont avec le temps.
Les animateurs sont des bénévoles soucieux d’offrir un espace d’expression dans la diversité à tous les mauritaniens qui en expriment le besoin.
Kassataya.com se fixe donc pour objectif de (re) donner la parole à ceux qui ont besoin de se faire entendre et que tous nous avons intérêt à écouter. Généralement, en milieu traditionnel, les discussions ne se déroulaient pas dans des amphithéâtres ou dans des studios. Elles avaient lieu soit sous le baobab que la désertisation range dans le groupe des espèces en voie d’extinction, soit plus récemment, autour du thé. Le thé (ataya) est devenu une institution qui obéit à un rituel précis pour honorer un hôte ou juste pour accompagner les longues discussions dans le cercle familial ou dans les assemblées. Il est servi dans des verres (kass) que les convives se passent selon une codification qui varie selon les contrées et les communautés. D’où kassataya qui signifie verre de thé. Nous mettrons prochainement en ligne un document qui en expliquera la signification aux yeux de nombreuses communautés de l’ouest africain.
L’équipe.
Emission de lancement :
Mauritanie : deux ans après, la genèse d’une transition démocratique
Il y a deux ans jour pour jour le Conseil Constitutionnel de la République Islamique de Mauritanie installait dans ses fonctions le premier Président élu à l’issue d’élections démocratiques et pluralistes de l’histoire du pays. De nombreux chefs d’Etat étrangers étaient venus honorer de leur présence cette cérémonie qui saluait un nouveau printemps démocratique. Des témoins de premier plan et des acteurs viendront livrer leurs impressions sur une expérience saluée en son temps aussi bien par les observateurs internationaux que par les principaux candidats à l’élection présidentielle de mars 2007. Vous pouvez écouter l’émission ce dimanche 19 avril 09 à partir de 19h30 à Paris soit 17h30 en temps universel en direct sur www.kassataya.com et intervenir par un simple appel sur skype au pseudo suivant : kassataya.
Bonne écoute
samedi 18 avril 2009
BANQUE MONDIALE : L’AFRIQUE A L’HONNEUR
Monsieur Ousmane Salatou DIAGANA, mauritanien natif de Gattaga/Kaédi (450km au sud de la capitale Nouakchott) vient de recevoir des mains du président de la Banque Mondiale le prix du meilleur manager de l’institution. Cette distinction qui honore
Après son Baccalauréat en 1981 à Kaédi, Monsieur DIAGANA poursuit de brillantes études en Economie (Planification, Analyse économique et Développement) à l'Université de Dakar d'où il sort Major de Promotion. Il décroche au passage une bourse de 3ème cycle octroyée par l'Etat mauritanien pour s'inscrire à la prestigieuse ENAM de DAKAR (option Finance et Fiscalité). A son retour au pays, il servit comme Enseignant vacataire en Comptabilité nationale à l'Université de Nouakchott, collabora avec un bureau d'études local et exerça brièvement les fonctions d'Economiste à la mission résidente de
Abdoulaye DIAGANA
France
abdouldiagana@yahoo.fr
lundi 13 avril 2009
Le gros bobard diplomatique de Sarkozy
Chers lecteurs
En ces temps troubles que traverse notre pays, je vous propose cet article du journal français Libération qui revient sur les propos troublants du président français au sujet de la crise politique qui secoue la Mauritanie.
Bonne lecture.DESINTOX
Le 27 mars, lors d'une conférence de presse, Nicolas Sarkozy s'est rendu coupable d'un étonnant mensonge d'Etat. Interrogé sur l'attitude de la France face au putsch qui a renversé le Président mauritanien en août, Sarkozy a prétendu avoir passé à ce dernier un coup de téléphone. Intox.
CÉDRIC MATHIOT
Nicolas Sarkozy à la télévision le 5 février dernier. (Ho New / Reuters)
Intox
C’est une affaire qui n’arrangera pas l’image déjà controversée de Nicolas Sarkozy en Afrique. Mercredi, la rubrique Désintox montrait comment Sarkozy a dérapé lors d’une conférence de presse au Niger, le 27 mars, en présentant le putsch en Mauritanie comme un quasi non-évènement. Le président français avait occulté aussi bien les condamnations internationales unanimes que les protestations locales, politiques ou populaires. Une vision très accommodante avec les putschistes qui avait suscité de vives réactions et dont certains observateurs suggéraient qu’elle a été soufflée par la bonne vieille Françafrique, décidée à frayer avec le nouveau pouvoir. Mais Sarkozy ne pourra seulement arguer la désinformation. Car lors de la même conférence de presse, pour réfuter toute ambiguïté de la position française, il a ajouté un énorme mensonge : «Quand le président démocratiquement désigné a été retenu, moi-même je l’ai appelé.» Sauf que…
Désintox
Nicolas Sarkozy a reçu un message, trois jours après ses déclarations à Niamey. Il émane d’un diplomate français, fin connaisseur de la Mauritanie, qui lui dit ceci : «Permettez-moi de vous rappeler que vous n’avez jamais parlé au téléphone avec le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ni pendant qu’il était au secret au palais des Congrès de Nouakchott depuis le putsch du 6 août, ni ensuite dans son village de Lemden, où il est assigné à résidence.» Et le correspondant de Sarkozy de lui donner, à toutes fins utiles, le numéro de téléphone de son homologue mauritanien. Ce n’était pas une blague.
Contactée par Libération, la fille du président déchu, Amal Mint Cheikh Abdallahi, confirme ce qui ressemble à un étonnant bobard d’Etat : «Le président Sarkozy n’a jamais appelé le président Abdallahi. On est tombé des nues l’en écoutant dire le contraire lors de la conférence de presse.» La surprise a dû être d’autant plus saumâtre qu’Abdallahi, premier président démocratiquement élu du pays, en mars 2007, avait sollicité un tel échange. En vain. «Après le putsch, le Président a reçu l’ambassadeur de France en Mauritanie et lui a fait savoir qu’il souhaitait s’entretenir avec le chef de l’Etat français. Il ne s’est rien passé depuis», affirme la fille du dirigeant renversé. C’est elle qui a eu les seuls contacts directs avec Paris, via des conseillers de l’Elysée en charge des questions africaines. La junte n’a pas été moins bien traitée : ses dirigeants ont été reçus par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.
Les services de l’Elysée, que nous avons joints pour avoir une explication sur ce coup de fil «fantôme», nous ont affirmé n’avoir pas d’«éléments d’information» à donner sur le sujet, ajoutant seulement : «La position de la France n’a pas changé, elle est toujours en faveur d’un retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie.»
Il faudra plus que ces déclarations de principe pour lever les ambiguïtés nées des mensonges d’un président qui nie les résistances au putsch et invente un coup de fil de soutien imaginaire au chef d’Etat déchu. Dans la même conférence de presse de Niamey, le 27 mars, Nicolas Sarkozy appelait de ses vœux la «transparence» comme base de la nouvelle relation entre la France et l’Afrique. Il reste à l’évidence du chemin à parcourir.
samedi 4 avril 2009
AHMED OULD DADDAH, COMME L'OISEAU DE MINERVE?
Et vogue la rumeur
Grand perdant –mauvais perdant- le club des officiers putschistes qui voit s’envoler son plus grand atout, sa plus importante caution populaire, alimente la machine à rumeurs. L’industrie des potins connaissant une croissance et une vigueur à toute épreuve, les spéculations vont bon train quant aux réelles motivations du leader politique. Les ingénieurs en chef de la production industrielle de rumeurs soutiennent qu’il serait mû par la seule ambition de conquérir le pouvoir ! C’est la vocation première de tout parti politique et on ne peut le lui reprocher tant que les principes fondamentaux et les valeurs de la République sont observés. Ils ajoutent qu’il ne partagerait pas grand-chose avec le camp antiputsch ! Si : la reconquête de la démocratie et ça ne pèse pas peu. Ils terminent par l’argument selon lequel il trahirait dès qu’il en aurait l’occasion ! Nul n’es dupe ici : il ne s’agit pas d’un contrat à vie. Une fois le coup d’Etat mis en échec que chacun suive sa voie en tentant de gagner la confiance de l’électeur dans une saine compétition. Le fleuve déborde de son lit et les populations se désolent. Il le rejoint et elles se réjouissent en prenant leurs dispositions pour ne plus se faire surprendre par un nouveau débordement. Et c’est ainsi que coule l’eau sous les ponts.
Comme l’oiseau de Minerve
Ahmed Ould Daddah rejoint donc le camp des démocrates. L’oiseau de Minerve prend son vol tard. Il annonce le crépuscule non de ceux qui se dressent contre l’acte insensé mais bien de ceux qui ont pensé pouvoir impunément prendre des libertés avec les règles qui régissent la vie de la Société et qui, malgré plusieurs mois de brimades n’arrivent pas à imposer leur trahison (une première dans l’histoire d’une Mauritanie pourtant habituée aux coups d’Etats militaires). Il trouvera devant lui de vieux compagnons de route tels Messaoud Ould Boulkheir qui tient tête depuis les premières heures, Mohamed Ould Maouloud, Jemil Ould Mansour, Bâ Mamadou Alassane…et bien d’autres encore. Cette nouvelle prise de position arrive à point nommé : le pays est de plus en plus isolé et court à la catastrophe, le front antiputsch durcit le ton devant une junte désemparée qui accumule les fautes et s’isole de plus en plus. Le doute et la peur sont entrain de changer de camp. La violence aveugle dont fait montre la junte est un signe qui ne trompe pas. C’est parce que les choses sont entrain de lui échapper qu’elle emploie le seul langage qu’elle maîtrise vraiment : celui des canons face à une masse désarmée.
Abdoulaye DIAGANA
France
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abdouldiagana@yahoo.fr
lundi 30 mars 2009
Communiqué de Messaoud ould Boulkheir au sujet de la déclaration de Sarkozy a Niamey
En réponse à la déclaration faite par Nicolas Sarkozy à Niamey au sujet de l'absence de mobilisation des Mauritaniens contre le coup d'État, le Président de l'Assemblée Nationale, Messaoud Ould Boulkheir a publié le communiqué ci-dessous.
Communiqué
J’ai été, ces derniers jours, assez surpris par des propos attribués au Président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, qui répondait à une question relative à la crise mauritanienne, lors de sa visite au Niger, le 27 Mars 2009, propos qui ont été vite repris, interprétés et brandis par la junte militaire comme une volte-face de la France.
N’eût été mon absolue certitude que la France d’aujourd’hui du président Sarkozy où se réaffirme sans cesse sa volonté d’éviter la réactivation des réseaux de la France d’hier, victime des tractations et des manipulations d’une certaine Françafrique, qui bien qu’obsolète et anachronique, ne désespère toujours pas de renaître de ses cendres, j’aurais été profondément dubitatif, à l’instar de nombreux de mes compatriotes, quant au sens à attribuer à de telles affirmations.
Ma surprise est d’autant plus fondée que la résistance (en question) au coup d’Etat a été immédiate, forte, et continue. Dès le premier jour, un Front national anti-putsch, regroupant les principales forces vives a vu le jour en Mauritanie ; cas unique en Afrique !
J’ai moi-même, dans une déclaration solennelle devant la presse nationale et internationale, exprimé mon rejet catégorique du coup d’Etat, en soulignant, loin de toute considération personnelle, le danger qu’il constitue pour la stabilité, le développement et l’image de la Mauritanie.
Depuis cette date, je n’ai cessé de parcourir le monde, de Paris à Johannesburg, passant par de nombreuses capitales africaines. J’ai été reçu par plusieurs Chefs d’Etat et par le Président de la Commission de l’Union Africaine, Monsieur Jean Ping et j’ai partout plaidé la résistance au coup d’Etat et la nécessité d’un retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie, sous peine de constituer un précédent dangereux pour le Continent tout entier et même pour le Monde.
A l’étape française, j’ai été reçu officiellement et avec les honneurs au Palais Bourbon par mon collègue le Président Bernard Accoyer, avec qui j’ai eu des entretiens fructueux. Nous avons été, ma délégation et moi, conviés à un déjeuner au Palais de l’Elysée, qui a été l’occasion d’un échange profitable avec de Hauts responsables de la Présidence française. J’ai eu, par ailleurs, l’occasion de m’adresser à la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale française devant laquelle j’ai fait un exposé détaillé sur la crise née du coup d’Etat du 6 août 2008.
Je dois signaler également que des délégations de parlementaires opposés au putsch ont sillonné, à leur tour, le monde, y compris la France et d’autres pays européens pour les sensibiliser sur la nécessité de faire échouer le coup d’état.
Il va sans dire que notre action à l’extérieur s’est accompagnée à l’intérieur d’une lutte courageuse et continue contre le coup d’Etat : des meetings, des manifestations durement réprimées, des sit-in et d’autres formes de protestation de masse, nonobstant la férocité de la machine répressive des putschistes (le Premier ministre et certains hauts responsables du Front anti-putsch sont toujours en détention).
Après toutes ces visites et ces actions, il nous avait semblé, qu’une fois pour toutes, la cause avait été entendue et bien entendue, notamment par la France qui est notre principal partenaire européen le plus à proximité et donc censé être le plus au courant de qui se passe chez nous.
Les ambiguïtés que les putschistes entretiennent aujourd’hui autour de la position française et l’exploitation qu’ils en font au plan intérieur, en invoquant tantôt des intérêts économiques (exploration pétrolière dans le Nord de la Mauritanie), tantôt des impératifs militaires (installation d’une base militaire française), rappellent malheureusement les méthodes désuètes d’un passé que tous les démocrates et tous les progressistes du monde doivent s’empresser d’oublier définitivement.
Pour toutes ces raisons, et compte tenu de la situation dangereuse que traverse mon pays, j’estime de mon devoir de demander à la France et à son Excellence le Président Sarkozy, de faire lever toute équivoque s’agissant de leur position à propos du coup d’Etat en République Islamique de Mauritanie.
Le coup d’Etat du Général Mohamed Ould Abdel Aziz qui méprise les intérêts bien compris de la Mauritanie et défie la Communauté Internationale , commence malheureusement à faire école dans le Continent. Il appelle de la part de la France un traitement particulier, qui découle de son rôle historique de Grande Nation démocratique et des idéaux censés fonder son action en Afrique et son rayonnement dans le Monde.
Les démocrates et les progressistes de Mauritanie, d’Afrique et du Monde attendent de la France et du Président Nicolas Sarkozy d’appuyer fermement les décisions pertinentes de l’Union Africaine, saluées et soutenues par la Communauté Internationale dans son ensemble.
Nouakchott, le 29 Mars 2009
Messaoud OULD BOULKHEIR
jeudi 26 mars 2009
LE GENERAL VA À LA PECHE AUX VOIX ET TOUS LES MOYENS SONT BONS.
Le général Mohamed Ould Abdel Aziz vient de se donner en spectacle à Kaédi d’une de ces façons dont lui seul a le secret. Au prétexte de solder la douloureuse question des violations massives des droits de l’homme perpétrées sous le règne du Colonel Ould Taya qui lui a tout donné en contrepartie de bons et loyaux services, le général putschiste se lance dans un discours grandiloquent ou la fausse émotion le dispute à l’hypocrisie à peine feinte.
Le général putschiste fait croire à son monde qu’il fait dans l’innovation alors qu’il enfonce une porte largement ouverte : il ne fait que répéter ce qu’a déjà fait dans des circonstances moins intéressées le Président élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans son discours du 29 juin 2007. Celui-ci, fort de la légitimité que lui confère le suffrage universel a reconnu la responsabilité de l’Etat, demandé pardon avant d’engager le processus de retour des réfugiés et d’indemnisation des victimes des atrocités commises par le régime que le général a protégé toute sa carrière avant de poignarder celui qui l’a enfanté. Le Général ould Abdel Aziz n’a lui aucune légitimité pour engager la responsabilité de l’Etat et demander pardon en son nom. Qui l’a investi de cette mission ? Qui lui en a donné mandat ?
A bien des égards, l’attitude du général est malsaine, malheureuse et maladroite.
Malsaine parce qu’elle se sert de la douleur des victimes pour assouvir des desseins électoralistes. La coïncidence avec son agenda politique est frappante. En langage très simple c’est du populisme de bas étage. Le témoignage vaut ce qu’il vaut. Il y a quelques années, un ancien ambassadeur -qui occupe de très hautes fonctions dans l’actuelle administration- me confiait qu’il avait demandé au dictateur Ould Taya lors d’une de ses visites pré électorales dans la vallée de demander pardon pour les événements de 1989-1991. Le colonel lui aurait répondu que s’il le faisait dans ces circonstances il donnerait l’impression de chercher à marchander les voix de la vallée. Vrai ou faux ; sincère ou non la raison avancée n’est pas sans fondement.
Malheureuse parce qu’elle accroît la défiance du citoyen vis-à-vis du politique et sa répugnance de tout acte posé par les gouvernants (encore qu’il est très difficile de ranger le général dans la catégorie des politiques même s’il se donne beaucoup de peine à le devenir depuis qu’il s’est créé un bataillon de députés à sa solde qu’il a su actionner quand il l’a voulu).
Maladroite parce qu’elle fait mine d’ignorer les complaintes de plus en plus fortes qui épinglent certaines personnalités très haut placées aux côtés du général à l’Assemblée Nationale et au HCE (suivez mon regard). Il eût été sincère qu’il eut ordonné à l’armée -qu’il contrôle depuis plusieurs années- de restituer les dépouilles des victimes avant de demander à ses proches mis en cause d’aller s’expliquer devant les tribunaux, lui qui se veut intraitable justicier.
Enfin, si on doutait de la sincérité de l’acte que tentait de poser le généralissime, il suffirait de lire le dernier paragraphe de son allocution pour lever l’équivoque : évoquer les problèmes d’électricité et d’assainissement posés par l’édile de la ville hôte après avoir joué sur l’émotion de populations vivant depuis vingt années dans le souvenir douloureux des massacres des années de braise s’apparente à s’y méprendre à une instrumentalisation sentimentale. C’est d’une affligeante maladresse. Du Shakespeare le talent en moins.
Abdoulaye DIAGANA
France
www.souslatente.blogspot.com
samedi 21 mars 2009
KADHAFI L'AMI ENCOMBRANT ET L'ILLUSION DEMOCRATIQUE
Comme des coups de couteau qu’on appréhende, la médiation libyenne a visité notre pays. Elle y a surtout dirigé une prière que nul prophète n’a prescrite. L’essentiel était peut être là. Le reste a servi à amuser la galerie et à faire diversion. Le médiateur est un mégalomane fantasque avide de lumière et de fards. Il ne pouvait souffrir d’être moins vedette que les principaux protagonistes.
Kadhafi, nous le savons, a commencé sa carrière de prestidigitateur clinquant en renversant le roi Idriss Ier. Le bouillant Colonel a par la suite essayé plusieurs formules qui ont eu plus ou moins de fortune mais se sont toutes soldées par autant d’échecs. Agitateur enfilant les coups tordus sans succès, bras financier du terrorisme international puis des mouvements de rébellion, héraut théâtral du panarabisme… le voilà, lui le pourfendeur du pouvoir dynastique, qui se proclame sans rire Roi des rois traditionnels d’Afrique (ça ne s’invente pas) à l’issue du « forum des rois, des princes, des sultans et des cheikhs des tribus traditionnelles d’Afrique ». Ce qu'il n'a pu réussir avec son livre vert il se prend à rêver de l'obtenir grâce à l’inespérée tribune que lui offre la présidence de l'Union Africaine : semer le trouble, l’agitation et la zizanie où il pourra.
Sans doute dans le calcul de ses pairs africains, le secret espoir de le voir s’amender dans la perspective au moins de réussir une médiation et se donner une stature respectable a-t-il pesé dans la décision de confier la présidence même symbolique de l’Union à ce personnage inconstant et imprévisible. Le voilà qui enfourche sa rossinante pour parcourir les capitales d’Afrique dans le but de recueillir l’allégeance des rois, des princes, des sultans et des cheikhs traditionnels. Kadhafi ne voit dans la présidence de l’UA que l’occasion de laisser libre court à sa fantaisie à nulle autre pareille. Mais plus personne n’entend ce que dit Kadhafi parce que ce qu’il personnifie hurle trop fort.
Tous perdants.
Kadhafi et sa délégation sont passés et comme une nuée de sauterelles ils n’ont laissé que, ruines, désolation et champs dévastés derrière leur funeste cortège. Kadhafi n’est pas une lumière ni un flambeau mais un incendie qui consume tout sur son passage. Il est venu en terre mauritanienne débiter ses pitreries devant une assistance aux anges qui riait aux éclats et s’esclaffait à chaque injure proférée. Le maître lui a commandé de s’asseoir docilement à ses côtés et d’écouter religieusement sa leçon faite d’insultes, de railleries, de moqueries et d’humiliations. Des hommes naguère vantés pour leur courage et leur sens de l’honneur ont essuyé les avanies de l’insolent hôte et se sont sentis obligés de lui témoigner reconnaissance et satisfaction. Au premier rang figuraient, toute honte bue, les autorités militaires putschistes. Que ne ferait-on pour conserver un pouvoir usurpé ? S'il ne leur reste que Kadhafi pour héraut c'est vraiment que la terre commence à se dérober sous leurs pieds au point de rester assis, le sourire fiché aux lèvres, applaudissant un bouffon tragique et hystérique qui les humiliait en insultant leur histoire. Les voilà désormais dans le même camp qu’un saltimbanque ouvertement et résolument érigé en ennemi de la démocratie. Ils eussent pu, si la possibilité leur eut été faite, se choisir meilleure compagnie. En se choisissant un tel allié ils étalent les limites de leur latitude : ils sont coincés et très courts. Qui se ressemblent s’assemblent : désormais en définissant le camp des dictateurs mégalomanes, l’axe satanique et maléfique, on ne maquera d’associer la junte militaire mauritanienne à Kadhafi ! Triste destin !
Deuxième perdant l’UA qui a manifestement un gros souci: elle essaie d'imposer à ses membres un mode d'accession au pouvoir au travers d'élections libres et transparentes alors même qu’elle est présidée par un homme qui n'a jamais été élu, qui ne croit pas au modèle démocratique qui n'est à ses yeux qu'une excroissance honteuse venue de l'exécrable Occident. Comment quelqu'un qui se noie et qui ne sait pas nager peut il voler au secours d'un naufragé? C'est un hold up.
Troisième perdant le camp des démocrates. Pour avoir voulu jouer les gentlemen ils ont laissé le fou chantant semer la désolation avant de s’en aller triomphant. Plusieurs éléments alertaient pourtant dont l’accréditation d’un ambassadeur nommé par la junte militaire, les propos tenus à Tripoli à la délégation du FNDD et au Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi au sujet du caractère irréversible du coup d’Etat… Ils ont joué le jeu et le maître du jeu s’est joué d’eux. C’est au moins une leçon à retenir.
Le retour de l’afro pessimisme.
Le roi des rois, des princes, des sultans et des cheikhs traditionnels d’Afrique a donc quitté
Les années quatre-vingt-dix ont vu le continent souffrir de ce qu’il a été convenu d’appeler l’afro pessimisme, avec des images de guerre, de famine, de coups d’Etat militaires… relayées par les télévisions du monde entier. Depuis, à force d’indignations, les africains ont réussi à imposer plus ou moins une autre vision du continent. Que Stephen Smith se fasse littéralement agresser et traiter de negrophobe pour avoir dressé le tableau d’un continent en dérive dans Negrologie, pourquoi l’Afrique meurt ? est symptomatique de cette fièvre identitaire portée par des intellectuels à la sensibilité à fleur de peau dont les prises de position, au-delà de l’indignation légitime, cachaient mal une certaine gêne devant une actualité désespérément uniforme et têtue.
Les années 2000 promettaient autre chose, surtout depuis que l’Union Africaine, aidée de certains partenaires de
Abdoulaye DIAGANA
France
abdouldiagana@yahoo.fr
