Nous avons mal à notre démocratie. Nous essayons de la vivre en jouissant des avantages qu’elle pourrait nous procurer sans nécessairement consentir les sacrifices qui s’y rattachent. La rose sans les épines en somme. Vous libérez un homme de ses chaînes, vous lui offrez les vastes étendues verdoyantes, l’océan et son large, le désert et son silence propice à la méditation et à la sagesse. Rien n’y fait : il vous revient toujours vous demandant les nouvelles consignes.
La démocratie est toujours et partout histoire de marchandages :
Je vote pour tel candidat et en contrepartie je satisfais une amie
Je vote pour tel autre et en contrepartie j’attends qu’il construise un pont.
Je vote pour tel candidat et en contrepartie il reconstruit l’Etat.
Je vote pour lui en contrepartie de l’argent qu’il m’a donné ou du logement qu’il va m’affecter, ou des impôts qu’il va baisser ou encore du poste qu’il va me donner, à moi ou à ma sœur ou à mon père. Il en est ainsi dans tous les pays qui peuvent prétendre jouir de la démocratie.
On entend souvent fredonner comme le refrain d’un disque rayé « le grand problème, la catastrophe » du soutien que certains militaires ont apporté à certains candidats dont Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Les mêmes disent que les militaires n’ont cependant pas obligé quelqu’un à voter pour Sidi Ould Cheikh Abdallahi (faut quand même pas abuser !), reconnaissant sans le réaliser, que les mauritaniens ont donc voté librement. Pourquoi peut-on accepter de voter pour faire plaisir au mari de ma tante et ne pas admettre que d’autres puissent voter pour les mêmes raisons ou des raisons voisines ?
Il y a un minimum syndical, un pré requis sans lequel on ne peut parler de démocratie : il faut que tous puissent voter sans contrainte, librement dans le secret de l’isoloir et qu’on ne sorte de l’urne que le résultat de ce que les électeurs ont librement exprimé. Le problème ici n’est pas de dire aux gens « ne vendez pas vos voix » mais bien de pouvoir leur dire « dans l’isoloir vous êtres libres de voter pour qui vous voulez ».
Dans toutes les démocraties du monde il y a des groupes qui essaient d’influencer le vote (lobbyistes, groupes de pression…) dans un sens ou dans l’autre en distribuant des cadeaux ou en faisant des promesses en tous genres. Il y a là un vrai problème de démocratie : les électeurs votent pour le plus offrant. Mais on ne peut en aucun cas dire que les groupes de pression ont confisqué la démocratie en contraignant un électeur de voter pour un candidat. Ils ont fait une offre pour répondre à une demande. Le marché est librement proposé et librement contracté. Naturellement, on arrive à un autre niveau où un travail plus profond et sur un plus long terme doit être engagé : qu’est-ce qui doit présider au choix d’un candidat ? Pourquoi voter pour celui-ci plutôt que pour celui-là ? Qu’est-ce que le sens d’un vote ?
Nous sommes dans des pays structurellement installés dans la spirale de l’instabilité et en proie à une lutte acharnée pour la survie. Dès lors comment être surpris qu’un électeur n’accorde que peu d’intérêt aux paroles lénifiantes d’un candidat promettant de renforcer les institutions de l’Etat, de recréer un appareil en déconfiture alors que le concurrent propose des sonnantes et trébuchantes qui auront une incidence immédiate et concrète là où l’Etat est perçu d’abord comme l’ennemi, l’entité impersonnelle et abstraite ? Moins que le corrupteur, le vrai problème c’est le corrompu. Lui seul peut exprimer son dégoût et son refus de marchander sa liberté. C’est ça le fond du problème ! Car une fois cet obstacle franchi on n’aura plus à se soucier de l’argent généreusement distribué ou des consignes de vote données par les chefs de tribus ou de confréries. Dans ce contexte vouloir accuser un candidat d’avoir distribué de l’argent ou d’avoir demandé à l’amie de sa nièce de voter pour lui c’est lui faire un procès en sorcellerie.
Abdoulaye DIAGANA
France
lundi 16 mars 2009
dimanche 22 février 2009
Lecture du communiqué du Groupe de Contact : qui instrumentalise la Mauritanie ?
Le camp de la junte au pouvoir aurait tort d’exulter juste parce que des sanctions ne sont pas tombées au sortir de la réunion du 20 février au siège de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Je me dois de rappeler ce qui suit:
1: l'objet de la réunion du Groupe de Contact n'était absolument pas de statuer sur la prise de sanctions contre la junte au pouvoir. Donc seuls ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent attendaient des sanctions ce jour.
2. Le Groupe de contac n'a pas vocation à imposer des sanctions aux organisations qui le composent et qui ont leurs propres mécanismes de prise de décision. L'Union Africaine a été mandatée pour conduire les consultations puis de proposer des solutions aux partenaires bi et multilatéraux. Je rappelle qu'à ce titre elle vient de transmettre au conseil de sécurité de l'ONU ses recommandations.
3. L'Union Européenne a décidé de mettre un terme aux consultations avec la junte pour insuffisance de résultats et s'apprête à adopter des sanctions contre les principaux animateurs du putsch militaire en Mauritanie (important: il n’a été question que de sanctions contre les seuls animateurs, civils et militaires, de la conspiration contre les institutions de la République). Le processus peut prendre quelques semaines.
4. Le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a déjà accepté le principe de l’organisation de nouvelles élections une fois le putsch mis en échec et ce, pour préserver les intérêts du pays. L’essentiel se situe ici : faire échouer le putsch et tout le reste est envisageable.
Quant au communiqué du 20 février 09 proprement dit, il appelle les observations suivantes :
-Au paragraphe 2 de la déclaration il est mentionné que les participants «ont souligné l’importance du communiqué du Conseil de Paix et de Sécurité du 5 février 2009 décidant des sanctions individuelles et ciblées contre toutes les personnes, aussi bien civiles que militaires, dont les activités ont pour objet de maintenir le statu quo anticonstitutionnel en Mauritanie [et] ont réitéré la volonté de leurs organisations de prendre les mesures appropriées en fonction de leurs procédures respectives». Que faut-il entendre par là ? Comme rappelé plus haut le Groupe de contact n’a pas pour mission d’imposer des prises de sanctions aux parties qui le composent. Il aide à l’appréciation d’une situation au vu des éléments à sa disposition. Il appartient à chaque organisation d’apprécier l’opportunité d’adopter des mesures en fonction de ses mécanismes propres, c’est-à-dire en temps opportuns et selon la forme qu’elle juge appropriée. En ce sens, l’OIF a déjà décidé de suspendre la Mauritanie tout comme l’Union Africaine a arrêté le principe des sanctions individuelles contre la junte et ses soutiens civils et a notifié sa décision au conseil de sécurité des Nations Unies. L’Union Européenne a pour sa part décidé de clore les consultations avec les autorités putschistes et d’envisager la suite «dans le cadre de l’article 96 de l’accord de Cotonou et des étapes à venir » en application dudit accord. Or ce que prévoit l’article 96 des accords de Cotonou ce sont « Les "mesures appropriées" [qui] au sens du présent article, sont des mesures arrêtées en conformité avec le droit international et proportionnelles à la violation». Donc « la suite » qu’envisage l’Union Européenne après la clôture des consultations et le constat de l’absence de règlement de la profonde crise peut se deviner aisément pour toute personne qui a le nez entre la bouche et les yeux.
-Ce que dit également le communiqué du 20 février 2009 c’est que la proposition de sortie de crise du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi prévoit, comme les autres, « l’organisation d’élections anticipées sous certaines conditions ». Il y a donc unanimité (y compris donc de la part du président élu) au sujet de l’opportunité d’écourter le mandat actuel ; ce point n’est plus sujet de discussions. Quant aux conditions dont il est question il s’agit avant tout de la mise en échec du coup d’Etat, de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale de transition chargé d’organiser lesdites élections dans des conditions de transparence et de neutralité non sujettes à contestation.
-Par ailleurs, si le communiqué se félicite de l’existence de plusieurs propositions favorisant un rapprochement et un dialogue inclusif, il rappelle la nécessité d’inclure celui-ci dans le cadre fixé par le communiqué du 21 novembre 2008 qui, faut-il le rappeler, donnait pour indispensable l’implication de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi « en sa qualité de Président à la recherche d’une solution, la participation de toutes les parties prenantes et le plein respect de la Constitution ». On ne saurait être plus clair. Sans le rétablissement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans sa qualité de Président, le coup d’Etat est entériné et il n’y a point de sortie de crise. Une fois qu’aura été fait échec au coup d’Etat sera alors envisageable « l’élection présidentielle [qui] doit être libre, juste et transparente, et organisée par des institutions crédibles, sous l’égide d’un gouvernement neutre. », toutes conditions que contient le plan de sortie de crise du président élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Autrement, comme le rappelle sans ambiguïté le communiqué du 20 févr.-09 «toute démarche unilatérale serait contreproductive et inacceptable ».
En un mot comme en mille, nous sommes devant le cas de figure suivant : un président démocratiquement élu accepte, au terme d’une crise politique profonde, de renoncer à son mandat pour organiser des élections anticipées. En face, un général qui s’est emparé du pouvoir cherche à organiser une élection qu’il contrôle de bout en bout et à laquelle il compte participer pour demeurer au pouvoir-, exactement comme son bienfaiteur le colonel Ould Taya- au mépris des appels incessants à la raison. Sept mois après le coup d’Etat militaire la junte n’arrive toujours pas à s’imposer aussi bien au peuple mauritanien qu’à la communauté internationale. Elle en est réduite à envoyer des émissaires qui n’éprouvent aucune gêne à faire le pied de grue pour quémander quelques minutes d’entretien pour se faire éconduire comme des malpropres par des vigiles ! Objectivement, si la question vaut encore d’être posée, qui s’accroche au pouvoir au point de prendre en otage tout un pays ? Qui est entrain de sombrer corps, biens et âme en tentant d’entraîner dans sa perte la Mauritanie et ses intérêts ?
DIAGANA Abdoulaye
1: l'objet de la réunion du Groupe de Contact n'était absolument pas de statuer sur la prise de sanctions contre la junte au pouvoir. Donc seuls ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent attendaient des sanctions ce jour.
2. Le Groupe de contac n'a pas vocation à imposer des sanctions aux organisations qui le composent et qui ont leurs propres mécanismes de prise de décision. L'Union Africaine a été mandatée pour conduire les consultations puis de proposer des solutions aux partenaires bi et multilatéraux. Je rappelle qu'à ce titre elle vient de transmettre au conseil de sécurité de l'ONU ses recommandations.
3. L'Union Européenne a décidé de mettre un terme aux consultations avec la junte pour insuffisance de résultats et s'apprête à adopter des sanctions contre les principaux animateurs du putsch militaire en Mauritanie (important: il n’a été question que de sanctions contre les seuls animateurs, civils et militaires, de la conspiration contre les institutions de la République). Le processus peut prendre quelques semaines.
4. Le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a déjà accepté le principe de l’organisation de nouvelles élections une fois le putsch mis en échec et ce, pour préserver les intérêts du pays. L’essentiel se situe ici : faire échouer le putsch et tout le reste est envisageable.
Quant au communiqué du 20 février 09 proprement dit, il appelle les observations suivantes :
-Au paragraphe 2 de la déclaration il est mentionné que les participants «ont souligné l’importance du communiqué du Conseil de Paix et de Sécurité du 5 février 2009 décidant des sanctions individuelles et ciblées contre toutes les personnes, aussi bien civiles que militaires, dont les activités ont pour objet de maintenir le statu quo anticonstitutionnel en Mauritanie [et] ont réitéré la volonté de leurs organisations de prendre les mesures appropriées en fonction de leurs procédures respectives». Que faut-il entendre par là ? Comme rappelé plus haut le Groupe de contact n’a pas pour mission d’imposer des prises de sanctions aux parties qui le composent. Il aide à l’appréciation d’une situation au vu des éléments à sa disposition. Il appartient à chaque organisation d’apprécier l’opportunité d’adopter des mesures en fonction de ses mécanismes propres, c’est-à-dire en temps opportuns et selon la forme qu’elle juge appropriée. En ce sens, l’OIF a déjà décidé de suspendre la Mauritanie tout comme l’Union Africaine a arrêté le principe des sanctions individuelles contre la junte et ses soutiens civils et a notifié sa décision au conseil de sécurité des Nations Unies. L’Union Européenne a pour sa part décidé de clore les consultations avec les autorités putschistes et d’envisager la suite «dans le cadre de l’article 96 de l’accord de Cotonou et des étapes à venir » en application dudit accord. Or ce que prévoit l’article 96 des accords de Cotonou ce sont « Les "mesures appropriées" [qui] au sens du présent article, sont des mesures arrêtées en conformité avec le droit international et proportionnelles à la violation». Donc « la suite » qu’envisage l’Union Européenne après la clôture des consultations et le constat de l’absence de règlement de la profonde crise peut se deviner aisément pour toute personne qui a le nez entre la bouche et les yeux.
-Ce que dit également le communiqué du 20 février 2009 c’est que la proposition de sortie de crise du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi prévoit, comme les autres, « l’organisation d’élections anticipées sous certaines conditions ». Il y a donc unanimité (y compris donc de la part du président élu) au sujet de l’opportunité d’écourter le mandat actuel ; ce point n’est plus sujet de discussions. Quant aux conditions dont il est question il s’agit avant tout de la mise en échec du coup d’Etat, de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale de transition chargé d’organiser lesdites élections dans des conditions de transparence et de neutralité non sujettes à contestation.
-Par ailleurs, si le communiqué se félicite de l’existence de plusieurs propositions favorisant un rapprochement et un dialogue inclusif, il rappelle la nécessité d’inclure celui-ci dans le cadre fixé par le communiqué du 21 novembre 2008 qui, faut-il le rappeler, donnait pour indispensable l’implication de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi « en sa qualité de Président à la recherche d’une solution, la participation de toutes les parties prenantes et le plein respect de la Constitution ». On ne saurait être plus clair. Sans le rétablissement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi dans sa qualité de Président, le coup d’Etat est entériné et il n’y a point de sortie de crise. Une fois qu’aura été fait échec au coup d’Etat sera alors envisageable « l’élection présidentielle [qui] doit être libre, juste et transparente, et organisée par des institutions crédibles, sous l’égide d’un gouvernement neutre. », toutes conditions que contient le plan de sortie de crise du président élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Autrement, comme le rappelle sans ambiguïté le communiqué du 20 févr.-09 «toute démarche unilatérale serait contreproductive et inacceptable ».
En un mot comme en mille, nous sommes devant le cas de figure suivant : un président démocratiquement élu accepte, au terme d’une crise politique profonde, de renoncer à son mandat pour organiser des élections anticipées. En face, un général qui s’est emparé du pouvoir cherche à organiser une élection qu’il contrôle de bout en bout et à laquelle il compte participer pour demeurer au pouvoir-, exactement comme son bienfaiteur le colonel Ould Taya- au mépris des appels incessants à la raison. Sept mois après le coup d’Etat militaire la junte n’arrive toujours pas à s’imposer aussi bien au peuple mauritanien qu’à la communauté internationale. Elle en est réduite à envoyer des émissaires qui n’éprouvent aucune gêne à faire le pied de grue pour quémander quelques minutes d’entretien pour se faire éconduire comme des malpropres par des vigiles ! Objectivement, si la question vaut encore d’être posée, qui s’accroche au pouvoir au point de prendre en otage tout un pays ? Qui est entrain de sombrer corps, biens et âme en tentant d’entraîner dans sa perte la Mauritanie et ses intérêts ?
DIAGANA Abdoulaye
mercredi 31 décembre 2008
Lettre à Monsieur Mohamed El Hacen Ould El Haj dit Mohcen, Sénateur, Vice président du Sénat, sur le fonctionnement de nos institutions.
Monsieur le Sénateur,
J’ai lu votre correspondance parue dans le journal Le Calame en date du mardi 23 décembre 08 en réaction à celle du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.
Mon propos n’est pas de m’interposer entre Feyty et la Police, la sagesse soninké m’ayant appris à ne pas mettre mon doigt entre l’arbre et son écorce. Tout juste vais-je réagir sur le fond et au sujet de ce que je pense de bonne foi être l’intérêt de l’Etat. Sans vouloir heurter votre sensibilité, j’avoue que j’ai été troublé par certains passages de votre correspondance que je me serais abstenu bien volontiers d’écrire si j’étais vous (Allah Seul sait ce qu’Il fait ; Lui Seul sait pourquoi vous êtes vous et je suis moi comme Lui Seul sait pourquoi le lion rugit et le chat miaule). Vous vous dites soucieux de l’encrage du pays dans la sphère de la démocratie et je n’ai pas de raison de ne pas vous croire. Vous êtes donc peut-être sincère. Mais permettez-moi de n’en point juger que sur pièce. Vous reprenez dans votre sortie ce que beaucoup de concitoyens subodoraient et que le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a lui-même reconnu : certains officiers supérieurs du haut commandement militaire avaient apporté leur soutien au candidat comme d’autres avaient jeté leur dévolu sur un autre candidat majeur (qui n’a jamais eu de cesse de chercher jusqu’à ce jour le parrainage des militaires). Le fait que des militaires aient choisi de s’immiscer dans le jeu politique est inquiétant mais aurait pu se limiter à cela s’il ne leur était venue l’idée de vouloir tout contrôler et piloter de leur état-major en demandant aux politiques de se mettre au rapport. Leur soutien à un candidat est de mon point de vue anodin. Sauf à nous dire, Monsieur le sénateur, que les militaires ne se sont pas contentés de « faire du lobbying » par votre entremise mais qu’ils sont allés plus loin en mettant à contribution leur position et leurs avantages pour modifier le sens du scrutin. Tant que l’électeur mauritanien aura le pouvoir en son âme et conscience de voter pour le candidat de son choix dans le secret de son isoloir, peu importera que les militaires, les marabouts, les chefs de tribus, le syndicat des porteurs de flingue, le club des fatigués de naissance, l’association des porteurs de valise ou tout autre groupe du même acabit appelle à voter pour un candidat ou pour un autre. Ce que vous révélez, Monsieur le sénateur, c’est que vous vous êtes fait le porteur de la valise des Généraux dans laquelle se trouvait Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi. Que Feyty et la police se connaissent n’a donc pas de signification singulière. Nous observons juste que malgré la réputation de Feyty, la police ne s’est pas fait prier pour mettre en branle positions, avantages, moyens à l’origine inconnue pour s’attirer les faveurs de la jolie jeune fille. Mais comme on dit en soninké, an gana an ma xase nwari an tini an paaba da i naburu sedi ya (Celui qui n’a vu sa maman qu’à un âge avancé peut penser que son père a dilapidé sa fortune pour pas grand-chose : en un mot c’est brûler ce qu’on adorait naguère). Vous laissez entendre (sur le ton de « moi j’ai comploté mais je ne suis pas le seul », en wolof lekko si ndap kheupeu si souf nguir khagn kenene : cracher dans la soupe.) que vous vous êtes mis d’accord avec le candidat Sidi qui vous aurait trahi. Si le candidat Sidi ould Cheikh Abdallahi et vous même vous êtes entendus sur le dos du peuple cela ne grandit pas la démocratie et à votre place je me serais abstenu de m’en vanter (mais encore une fois je ne suis que moi). On reconnaitra à Sidi, si vous dites vrai, le mérite d’avoir voulu s’affranchir de certaines pesanteurs pour remplir le mandat que lui a confié in fine le peuple mauritanien. Vous ajoutez que Sidi a donc bénéficié du soutien des généraux, devenus populaires pour avoir fait partir Ould Taya et ce, au détriment du candidat le mieux assis. Mais si les généraux sont aussi populaires et aussi surs de leur fait pourquoi mettre en péril l’avenir de tout un pays et compromettre son développement juste parce qu’ils ont été limogés par un Président, tout pantin qu’il soit, qui jouit de la prérogative de nommer et de limoger les chefs de l’armée, exactement comme quand il limogeait Ould Boubacar et d’autres colonels ou quand il élevait au rang de généraux ses tombeurs (à moins que vous ne m’expliquiez qu’il est légitime quand il les nomme généraux mais plus quand il les limoge)? S’ils sont donc si populaires (mais ne l’oublions pas, Ould Taya était aussi « très populaire » jusqu’au matin même du jour où les mêmes qui l’encensaient au petit déjeuner ont marché et fait klaxonner leurs véhicules au déjeuner pour exprimer leur joie à l’annonce de son renversement) pourquoi ne pouvaient-ils se libérer de l’armée et surfer sur la vague de « leur très grande popularité » pour se faire élire Président comme dans toute démocratie qui se respecte ou dans toute République digne de ce nom ? Leurs positions à eux valaient-elles la mise en péril de l’option démocratique de notre pays et la mise entre parenthèses de notre Constitution ? Pourquoi quand Abdoulaye WADE, Oumarou YARADOUA du Nigeria, TOURE du Mali réaménagent la haute hiérarchie militaire il n’y pas de coup d’Etat ? Vous et moi ne sommes assurément pas de la même génération et ne sommes sans doute pas de la même école même si je partage avec vous la référence à Montesquieu (qui, soit dit en passant est plus reconnu pour son interprétation de l’esprit des lois que pour l’idée de contrat dans l’Etat que théorisent mieux Hobbes, Smith, Mill, Tocqueville ou Rousseau). Le Démocrate sincère et le Républicain convaincu qui sommeillent en moi ne m’autorisent pas à être porteur de valises ou de flingues, surtout quand il s’agit d’affaiblir des institutions qui doivent rester sacrées.
Dans un article paru au plus fort de la tempête (http://souslatente.blogspot.com/2008/08/sidi-et-les-quarantequand-naissent-le.html) je vous avais invité, pour montrer la cohérence de votre raisonnement, à vous démarquer des symboles de la gabegie qui écument les rangs de ceux qui reprochaient au Président Sidi de recycler les pontes de la dictature de ould Taya. Vous et moi savons que vous n’avez pas besoin de chercher très loin très longtemps pour en dresser une liste étoffée et respectable. Dans cet article, je vous reconnaissais beaucoup de mérite (ce qui m’a valu une volée de bois vert injustifiée de mon point de vue) même si je ne vous ai jamais vu, seulement sur la base de ce que vous disiez et écriviez ou de ce que j’entendais dire de vous. C’est pourquoi, si vous avez vraiment « créé » (Soubhanallah) SOCA, vous auriez du montrer que vous l’aviez fait dans l’intérêt de la démocratie en Mauritanie et non pour en retirer quelque gloire ou avantage quelconque. Ce qui vous a probablement révulsé c’est d’avoir vu Sidi se prendre vraiment pour le Président (qu’il était et demeure). C’est un sentiment répandu chez l’humain. Combien de pères pensent avoir droit de vie et de mort sur leur progéniture, au point de penser sincèrement devoir leur imposer femme, carrière…y compris contre leur volonté et de ne point accepter de les voir grandir et s’émanciper ?
Vous poursuivez par ailleurs le procès d’intentions en remettant en cause la part de la conjoncture internationale dans l’aggravation de la situation des mauritaniens et en faisant du Président Sidi un poisseux qui serait responsable des inondations comme des attaques terroristes et du vent de sable qui souffle sur Nouakchott ou du moustique qui a piqué Valha à La’youne. A vrai dire je ne lui connaissais pas autant de pouvoirs mais je sais qu’il vous faudra beaucoup de patience pour convaincre les mauritaniens que le Président Ould Cheikh Abdallahi est responsable de la montée du prix du baril à 150$ ou encore de l’explosion des prix des céréales, phénomènes qui ont tenu en haleine le monde entier il y a seulement quelques mois. Il vous sera tout aussi difficile de trouver une âme généreuse qui puisse croire que c’est grâce aux généraux que le même baril est aujourd’hui à moins de 45$ (il faut donc que les militaires fassent trois fois moins cher que quand le baril était trois fois plus cher) ou encore que l’attaque de Tourine est de la faute d’un Sidi aux arrêts et remplacé par son chef d’état-major particulier (c’est cela même la définition de l’anachronisme). Cher Sénateur, faire preuve de prudence aide à se mettre à l’abri de certaines déconvenues. Par exemple si vous avancez que Sidi porte la poisse pour avoir « laissé » tuer des touristes français, vous accordez le droit de dire que ceux qui sont aux commandes aujourd’hui par la volonté de…leurs baïonnettes, sont tout aussi poisseux pour avoir laissé faire Tourine. Leur responsabilité est plus facile à établir dans la pénurie de gaz, dans la dépréciation de l’Ouguiya ou encore dans les très difficiles épreuves auxquelles les mauritaniens vont être bientôt confrontés si nous ne faisions preuve de responsabilité et de sens du civisme et de l’Etat pour éviter l’isolement diplomatique et économique vers lequel nous marchons à pas de géant.
Vous dites enfin que tous les succès économiques enregistrés sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne sont que le fruit de ce qui a été semé sous la transition cmjdienne (je ne désespère pas de vous voir lui reconnaitre un jour quelques mérites malgré tout ce qu’on peut lui reprocher). Faudrait-il ajouter qu’on doit aussi mettre à leur (CMJD) actif (passif), le trou de 30 milliards d’ouguiyas enregistré à la fin de la transition ?
Quant à l’indépendance des médias je vous sais objectif au point de reconnaitre que l’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio et la Télévision publiques pendant l’expérience que les militaires viennent d’interrompre brutalement n’ont rien à voir avec les voix de Moscou et autres Pravda qui débitent à longueur d’émissions les vérités officielles et les motions de soutien à la gloire du Général, notre étoile polaire, nos quatre points cardinaux dont dépendent notre vie, notre présent, notre néant et notre être. Vous feriez un immense présent aux Mauritaniens et à votre cause en mettant un terme à ce spectacle infamant et infantilisant digne d’un autre Général, le très fantasque et ubuesque Idi Amin Dadda. La comparaison, je le concède, serait très peu flatteuse.
Et maintenant…
Monsieur le Sénateur,
La faille est aujourd’hui béante. Le peuple est profondément divisé et il faudra s’atteler à recoller les morceaux sans tarder. Mais cette crise a révélé une race de mauritaniens disposés à mettre la Mauritanie, sa Démocratie, ses Institutions, ses Intérêts au dessus de tout le reste. Ce serait erreur fondamentale que de croire qu’ils courent pour réhabiliter un homme ou l’aider à faire carrière. Nombre de ceux qui comme moi se dressent contre ce coup d’Etat n’ont pas soutenu Sidi et ne se soucient pas de son destin. Ce qu’ils poursuivent c’est l’idéal républicain, une croyance profondément ancrée dans la conviction que sans le respect du contrat social il n’est point de salut (vous pouvez penser : « rêve toujours ! »). Les défis qui se dressent sur notre chemin sont immenses et le chantier n’est même pas lancé. Les mauritaniens les moins avertis se réjouissent de la baisse du prix de certains produits. Les autres font observer que cette rémission n’est que le signe d’une accalmie qui annonce de graves crises. Le pays important quasiment tout ce qu’il consomme, nous restons dépendants de l’étranger et de nos réserves de devises. Est-il responsable d’« accepter que le mensonge même mélodieusement construit voile la réalité » et de laisser croire que le pays se suffirait à lui-même et survivrait à l’isolement ? Ce qui a laissé exsangues Cuba, l’Irak et le Zimbabwé épargnerait miraculeusement la Mauritanie ? Et puis quoi encore ? Si vous êtes les patriotes que vous prétendez être, je ne puis me résoudre à admettre que vous laisseriez conduire le pays si joyeusement au suicide collectif.
Quant à l’idée de réforme constitutionnelle que vous évoquez, il y a lieu d’en discuter une fois le pays revenu à une situation constitutionnelle normale. Il nous faudra alors nous interroger sur la pertinence de maintenir le principe d’un parlement bicaméral ou plus explicitement s’il n’y a pas lieu de supprimer le Sénat (n’y voyez monsieur le Sénateur aucune attaque personnelle, je ne sais pas jouer à ça, même avec une pointe d’humour) et de le remplacer par une institution regroupant les collectivités territoriales pour jouer la carte de la démocratie de proximité et impliquer directement les élus locaux pour une plus grande représentativité (Un Haut Conseil par exemple). Il faudra aussi s’interroger sur l’opportunité d’inverser le calendrier électoral pour le rendre plus conforme à l’esprit de notre système présidentiel par essence : le Président de la République doit être élu avant les députés et non l’inverse, sauf à vouloir accorder la prééminence au parlement plutôt qu’à l’exécutif et ce serait-là un changement radical qui nous ramènerait dans une configuration type quatrième république française. Il faudra bien sûr rééquilibrer les pouvoirs entre les différentes institutions et, éventuellement, supprimer le poste de Premier Ministre. Il faudra par ailleurs revoir la disposition permettant au Président de la République de dissoudre l’Assemblée Nationale en lui donnant à la place le pouvoir d’opposer son véto à certaines décisions dans un cadre bien réglementé (cf. Constitution des USA). Il faudra surtout mettre fin à la honteuse transhumance des élus en retirant son mandat à tout élu qui quitterait le parti auquel il appartenait quand il obtenait ledit mandat. Quand j’ai fait cette proposition il y a quelques années certains responsables politiques et des « experts » de chez nous m’ont fait savoir que cette disposition était inopérante. J’ai découvert récemment que l’Afrique du Sud et (il me semble) le Sénégal ont des mécanismes qui en sont proches. Comment enfin occulter l’indispensable débat sur la place de l’Armée dans notre pays ? Pourquoi souffrir plus longtemps l’étouffante étreinte d’un si encombrant Léviathan ? Au regard de la situation politique dans notre pays, il n’est plus possible de reporter le problème et de faire comme si les choses s’arrangeraient d’elles mêmes. Il faudra que l’Armée se concentre sur sa mission de gardienne de l’intégrité de notre territoire dont les frontières sont ouvertes aux quatre vents : l’Internationale Jihadiste, la narcocriminalité, la contrebande de cigarettes, la migration non contrôlée. Je reprends ici une proposition que j’avais faite dans un article précédent (http://souslatente.blogspot.com/2008/07/allende-et-pinochetgorbatchev-et.html) et qui est à mon sens un bon compromis : conduire les chefs de notre Armée à s’inspirer de la Doctrine Schneider, du nom de ce Général Chilien qui avait fait une directive définissant la mission qui devait être celle de l’Armée chilienne dans le schéma démocratique : s’abstenir de s’immiscer dans le jeu politique pour entre autre dénaturer la volonté exprimée par le peuple au travers d’une élection libre et transparente mais se réserver le droit de ne point laisser les politiques fausser le jeu démocratique pour accéder ou se maintenir au pouvoir. Cet officier qui savait ce que signifiait « donner sa parole d’officier » considérait que renverser le choix du peuple pouvait être assimilé à un crime de haute trahison. C’est une mission noble et tout à fait à la portée de notre Armée si elle ne peut s’abstenir de se mêler de politique (vous pouvez dire : « cause toujours ! »).
Pour finir, je ne peux résister à la tentation d’évoquer deux événements de l’histoire contemporaine. D’abord les Etats-Unis d’Amérique. Le destin a voulu que le candidat Al Gore, en sa qualité de vice président sortant donc président du Sénat Américain, présidât la cérémonie qui devait proclamer les résultats de l’élection contestée qui l’avait opposé au candidat Georges W. BUSH. Certains des partisans du candidat démocrate crurent bon d’introduire des requêtes pour contester les résultats de l’élection en Floride. Ils durent faire face à l’intransigeance du Président de séance Al Gore himself, qui ne voulait absolument pas que les institutions fussent affaiblies ou que le citoyen commençât à douter de la transparence du système démocratique, même si cette position devait lui couter la Présidence de la première puissance mondiale.
Ensuite la France. Quand le Général De Gaule voulut amender la constitution pour faire élire le Président de la République au suffrage universel direct, son vieil ami et compagnon de route, le président MONERVILLE y perçut de bonne foi une dérive autocratique et un danger réel pour l’équilibre des institutions. Mais il ne mit pas en péril le fondement de l’Etat et dut se résoudre à se retirer pour que l’essentiel restât sauf. Ce fut aussi le cas de Jacques Chaban Delmas quand, à la faveur du changement de majorité intervenu en 1986 (première cohabitation sous la cinquième République), le Président Mitterrand voulut se livrer à des manœuvres dilatoires en lui proposant d’envisager l’hypothèse de sa désignation au poste de premier ministre. Chaban dut renoncer pour ne pas donner une image peu flatteuse de la démocratie française. Je ne connais d’utilité pratique à l’histoire que de servir de référence. Monsieur le Sénateur, comme vous le voyez, les grands événements révèlent les grands hommes qui savent identifier l’essentiel pour le faire passer avant tout le reste. C’est tout à fait à votre portée. Tout règlement de cette crise en dehors du cadre fixé par la Constitution souverainement votée par les électeurs mauritaniens révélera les graves lacunes de l’élite et de la classe politique mauritaniennes.
Cordiales salutations
Abdoulaye DIAGANA
www.souslatente.blogspot.com
abdouldiagana@yahoo.fr
J’ai lu votre correspondance parue dans le journal Le Calame en date du mardi 23 décembre 08 en réaction à celle du Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.
Mon propos n’est pas de m’interposer entre Feyty et la Police, la sagesse soninké m’ayant appris à ne pas mettre mon doigt entre l’arbre et son écorce. Tout juste vais-je réagir sur le fond et au sujet de ce que je pense de bonne foi être l’intérêt de l’Etat. Sans vouloir heurter votre sensibilité, j’avoue que j’ai été troublé par certains passages de votre correspondance que je me serais abstenu bien volontiers d’écrire si j’étais vous (Allah Seul sait ce qu’Il fait ; Lui Seul sait pourquoi vous êtes vous et je suis moi comme Lui Seul sait pourquoi le lion rugit et le chat miaule). Vous vous dites soucieux de l’encrage du pays dans la sphère de la démocratie et je n’ai pas de raison de ne pas vous croire. Vous êtes donc peut-être sincère. Mais permettez-moi de n’en point juger que sur pièce. Vous reprenez dans votre sortie ce que beaucoup de concitoyens subodoraient et que le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a lui-même reconnu : certains officiers supérieurs du haut commandement militaire avaient apporté leur soutien au candidat comme d’autres avaient jeté leur dévolu sur un autre candidat majeur (qui n’a jamais eu de cesse de chercher jusqu’à ce jour le parrainage des militaires). Le fait que des militaires aient choisi de s’immiscer dans le jeu politique est inquiétant mais aurait pu se limiter à cela s’il ne leur était venue l’idée de vouloir tout contrôler et piloter de leur état-major en demandant aux politiques de se mettre au rapport. Leur soutien à un candidat est de mon point de vue anodin. Sauf à nous dire, Monsieur le sénateur, que les militaires ne se sont pas contentés de « faire du lobbying » par votre entremise mais qu’ils sont allés plus loin en mettant à contribution leur position et leurs avantages pour modifier le sens du scrutin. Tant que l’électeur mauritanien aura le pouvoir en son âme et conscience de voter pour le candidat de son choix dans le secret de son isoloir, peu importera que les militaires, les marabouts, les chefs de tribus, le syndicat des porteurs de flingue, le club des fatigués de naissance, l’association des porteurs de valise ou tout autre groupe du même acabit appelle à voter pour un candidat ou pour un autre. Ce que vous révélez, Monsieur le sénateur, c’est que vous vous êtes fait le porteur de la valise des Généraux dans laquelle se trouvait Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi. Que Feyty et la police se connaissent n’a donc pas de signification singulière. Nous observons juste que malgré la réputation de Feyty, la police ne s’est pas fait prier pour mettre en branle positions, avantages, moyens à l’origine inconnue pour s’attirer les faveurs de la jolie jeune fille. Mais comme on dit en soninké, an gana an ma xase nwari an tini an paaba da i naburu sedi ya (Celui qui n’a vu sa maman qu’à un âge avancé peut penser que son père a dilapidé sa fortune pour pas grand-chose : en un mot c’est brûler ce qu’on adorait naguère). Vous laissez entendre (sur le ton de « moi j’ai comploté mais je ne suis pas le seul », en wolof lekko si ndap kheupeu si souf nguir khagn kenene : cracher dans la soupe.) que vous vous êtes mis d’accord avec le candidat Sidi qui vous aurait trahi. Si le candidat Sidi ould Cheikh Abdallahi et vous même vous êtes entendus sur le dos du peuple cela ne grandit pas la démocratie et à votre place je me serais abstenu de m’en vanter (mais encore une fois je ne suis que moi). On reconnaitra à Sidi, si vous dites vrai, le mérite d’avoir voulu s’affranchir de certaines pesanteurs pour remplir le mandat que lui a confié in fine le peuple mauritanien. Vous ajoutez que Sidi a donc bénéficié du soutien des généraux, devenus populaires pour avoir fait partir Ould Taya et ce, au détriment du candidat le mieux assis. Mais si les généraux sont aussi populaires et aussi surs de leur fait pourquoi mettre en péril l’avenir de tout un pays et compromettre son développement juste parce qu’ils ont été limogés par un Président, tout pantin qu’il soit, qui jouit de la prérogative de nommer et de limoger les chefs de l’armée, exactement comme quand il limogeait Ould Boubacar et d’autres colonels ou quand il élevait au rang de généraux ses tombeurs (à moins que vous ne m’expliquiez qu’il est légitime quand il les nomme généraux mais plus quand il les limoge)? S’ils sont donc si populaires (mais ne l’oublions pas, Ould Taya était aussi « très populaire » jusqu’au matin même du jour où les mêmes qui l’encensaient au petit déjeuner ont marché et fait klaxonner leurs véhicules au déjeuner pour exprimer leur joie à l’annonce de son renversement) pourquoi ne pouvaient-ils se libérer de l’armée et surfer sur la vague de « leur très grande popularité » pour se faire élire Président comme dans toute démocratie qui se respecte ou dans toute République digne de ce nom ? Leurs positions à eux valaient-elles la mise en péril de l’option démocratique de notre pays et la mise entre parenthèses de notre Constitution ? Pourquoi quand Abdoulaye WADE, Oumarou YARADOUA du Nigeria, TOURE du Mali réaménagent la haute hiérarchie militaire il n’y pas de coup d’Etat ? Vous et moi ne sommes assurément pas de la même génération et ne sommes sans doute pas de la même école même si je partage avec vous la référence à Montesquieu (qui, soit dit en passant est plus reconnu pour son interprétation de l’esprit des lois que pour l’idée de contrat dans l’Etat que théorisent mieux Hobbes, Smith, Mill, Tocqueville ou Rousseau). Le Démocrate sincère et le Républicain convaincu qui sommeillent en moi ne m’autorisent pas à être porteur de valises ou de flingues, surtout quand il s’agit d’affaiblir des institutions qui doivent rester sacrées.
Dans un article paru au plus fort de la tempête (http://souslatente.blogspot.com/2008/08/sidi-et-les-quarantequand-naissent-le.html) je vous avais invité, pour montrer la cohérence de votre raisonnement, à vous démarquer des symboles de la gabegie qui écument les rangs de ceux qui reprochaient au Président Sidi de recycler les pontes de la dictature de ould Taya. Vous et moi savons que vous n’avez pas besoin de chercher très loin très longtemps pour en dresser une liste étoffée et respectable. Dans cet article, je vous reconnaissais beaucoup de mérite (ce qui m’a valu une volée de bois vert injustifiée de mon point de vue) même si je ne vous ai jamais vu, seulement sur la base de ce que vous disiez et écriviez ou de ce que j’entendais dire de vous. C’est pourquoi, si vous avez vraiment « créé » (Soubhanallah) SOCA, vous auriez du montrer que vous l’aviez fait dans l’intérêt de la démocratie en Mauritanie et non pour en retirer quelque gloire ou avantage quelconque. Ce qui vous a probablement révulsé c’est d’avoir vu Sidi se prendre vraiment pour le Président (qu’il était et demeure). C’est un sentiment répandu chez l’humain. Combien de pères pensent avoir droit de vie et de mort sur leur progéniture, au point de penser sincèrement devoir leur imposer femme, carrière…y compris contre leur volonté et de ne point accepter de les voir grandir et s’émanciper ?
Vous poursuivez par ailleurs le procès d’intentions en remettant en cause la part de la conjoncture internationale dans l’aggravation de la situation des mauritaniens et en faisant du Président Sidi un poisseux qui serait responsable des inondations comme des attaques terroristes et du vent de sable qui souffle sur Nouakchott ou du moustique qui a piqué Valha à La’youne. A vrai dire je ne lui connaissais pas autant de pouvoirs mais je sais qu’il vous faudra beaucoup de patience pour convaincre les mauritaniens que le Président Ould Cheikh Abdallahi est responsable de la montée du prix du baril à 150$ ou encore de l’explosion des prix des céréales, phénomènes qui ont tenu en haleine le monde entier il y a seulement quelques mois. Il vous sera tout aussi difficile de trouver une âme généreuse qui puisse croire que c’est grâce aux généraux que le même baril est aujourd’hui à moins de 45$ (il faut donc que les militaires fassent trois fois moins cher que quand le baril était trois fois plus cher) ou encore que l’attaque de Tourine est de la faute d’un Sidi aux arrêts et remplacé par son chef d’état-major particulier (c’est cela même la définition de l’anachronisme). Cher Sénateur, faire preuve de prudence aide à se mettre à l’abri de certaines déconvenues. Par exemple si vous avancez que Sidi porte la poisse pour avoir « laissé » tuer des touristes français, vous accordez le droit de dire que ceux qui sont aux commandes aujourd’hui par la volonté de…leurs baïonnettes, sont tout aussi poisseux pour avoir laissé faire Tourine. Leur responsabilité est plus facile à établir dans la pénurie de gaz, dans la dépréciation de l’Ouguiya ou encore dans les très difficiles épreuves auxquelles les mauritaniens vont être bientôt confrontés si nous ne faisions preuve de responsabilité et de sens du civisme et de l’Etat pour éviter l’isolement diplomatique et économique vers lequel nous marchons à pas de géant.
Vous dites enfin que tous les succès économiques enregistrés sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne sont que le fruit de ce qui a été semé sous la transition cmjdienne (je ne désespère pas de vous voir lui reconnaitre un jour quelques mérites malgré tout ce qu’on peut lui reprocher). Faudrait-il ajouter qu’on doit aussi mettre à leur (CMJD) actif (passif), le trou de 30 milliards d’ouguiyas enregistré à la fin de la transition ?
Quant à l’indépendance des médias je vous sais objectif au point de reconnaitre que l’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio et la Télévision publiques pendant l’expérience que les militaires viennent d’interrompre brutalement n’ont rien à voir avec les voix de Moscou et autres Pravda qui débitent à longueur d’émissions les vérités officielles et les motions de soutien à la gloire du Général, notre étoile polaire, nos quatre points cardinaux dont dépendent notre vie, notre présent, notre néant et notre être. Vous feriez un immense présent aux Mauritaniens et à votre cause en mettant un terme à ce spectacle infamant et infantilisant digne d’un autre Général, le très fantasque et ubuesque Idi Amin Dadda. La comparaison, je le concède, serait très peu flatteuse.
Et maintenant…
Monsieur le Sénateur,
La faille est aujourd’hui béante. Le peuple est profondément divisé et il faudra s’atteler à recoller les morceaux sans tarder. Mais cette crise a révélé une race de mauritaniens disposés à mettre la Mauritanie, sa Démocratie, ses Institutions, ses Intérêts au dessus de tout le reste. Ce serait erreur fondamentale que de croire qu’ils courent pour réhabiliter un homme ou l’aider à faire carrière. Nombre de ceux qui comme moi se dressent contre ce coup d’Etat n’ont pas soutenu Sidi et ne se soucient pas de son destin. Ce qu’ils poursuivent c’est l’idéal républicain, une croyance profondément ancrée dans la conviction que sans le respect du contrat social il n’est point de salut (vous pouvez penser : « rêve toujours ! »). Les défis qui se dressent sur notre chemin sont immenses et le chantier n’est même pas lancé. Les mauritaniens les moins avertis se réjouissent de la baisse du prix de certains produits. Les autres font observer que cette rémission n’est que le signe d’une accalmie qui annonce de graves crises. Le pays important quasiment tout ce qu’il consomme, nous restons dépendants de l’étranger et de nos réserves de devises. Est-il responsable d’« accepter que le mensonge même mélodieusement construit voile la réalité » et de laisser croire que le pays se suffirait à lui-même et survivrait à l’isolement ? Ce qui a laissé exsangues Cuba, l’Irak et le Zimbabwé épargnerait miraculeusement la Mauritanie ? Et puis quoi encore ? Si vous êtes les patriotes que vous prétendez être, je ne puis me résoudre à admettre que vous laisseriez conduire le pays si joyeusement au suicide collectif.
Quant à l’idée de réforme constitutionnelle que vous évoquez, il y a lieu d’en discuter une fois le pays revenu à une situation constitutionnelle normale. Il nous faudra alors nous interroger sur la pertinence de maintenir le principe d’un parlement bicaméral ou plus explicitement s’il n’y a pas lieu de supprimer le Sénat (n’y voyez monsieur le Sénateur aucune attaque personnelle, je ne sais pas jouer à ça, même avec une pointe d’humour) et de le remplacer par une institution regroupant les collectivités territoriales pour jouer la carte de la démocratie de proximité et impliquer directement les élus locaux pour une plus grande représentativité (Un Haut Conseil par exemple). Il faudra aussi s’interroger sur l’opportunité d’inverser le calendrier électoral pour le rendre plus conforme à l’esprit de notre système présidentiel par essence : le Président de la République doit être élu avant les députés et non l’inverse, sauf à vouloir accorder la prééminence au parlement plutôt qu’à l’exécutif et ce serait-là un changement radical qui nous ramènerait dans une configuration type quatrième république française. Il faudra bien sûr rééquilibrer les pouvoirs entre les différentes institutions et, éventuellement, supprimer le poste de Premier Ministre. Il faudra par ailleurs revoir la disposition permettant au Président de la République de dissoudre l’Assemblée Nationale en lui donnant à la place le pouvoir d’opposer son véto à certaines décisions dans un cadre bien réglementé (cf. Constitution des USA). Il faudra surtout mettre fin à la honteuse transhumance des élus en retirant son mandat à tout élu qui quitterait le parti auquel il appartenait quand il obtenait ledit mandat. Quand j’ai fait cette proposition il y a quelques années certains responsables politiques et des « experts » de chez nous m’ont fait savoir que cette disposition était inopérante. J’ai découvert récemment que l’Afrique du Sud et (il me semble) le Sénégal ont des mécanismes qui en sont proches. Comment enfin occulter l’indispensable débat sur la place de l’Armée dans notre pays ? Pourquoi souffrir plus longtemps l’étouffante étreinte d’un si encombrant Léviathan ? Au regard de la situation politique dans notre pays, il n’est plus possible de reporter le problème et de faire comme si les choses s’arrangeraient d’elles mêmes. Il faudra que l’Armée se concentre sur sa mission de gardienne de l’intégrité de notre territoire dont les frontières sont ouvertes aux quatre vents : l’Internationale Jihadiste, la narcocriminalité, la contrebande de cigarettes, la migration non contrôlée. Je reprends ici une proposition que j’avais faite dans un article précédent (http://souslatente.blogspot.com/2008/07/allende-et-pinochetgorbatchev-et.html) et qui est à mon sens un bon compromis : conduire les chefs de notre Armée à s’inspirer de la Doctrine Schneider, du nom de ce Général Chilien qui avait fait une directive définissant la mission qui devait être celle de l’Armée chilienne dans le schéma démocratique : s’abstenir de s’immiscer dans le jeu politique pour entre autre dénaturer la volonté exprimée par le peuple au travers d’une élection libre et transparente mais se réserver le droit de ne point laisser les politiques fausser le jeu démocratique pour accéder ou se maintenir au pouvoir. Cet officier qui savait ce que signifiait « donner sa parole d’officier » considérait que renverser le choix du peuple pouvait être assimilé à un crime de haute trahison. C’est une mission noble et tout à fait à la portée de notre Armée si elle ne peut s’abstenir de se mêler de politique (vous pouvez dire : « cause toujours ! »).
Pour finir, je ne peux résister à la tentation d’évoquer deux événements de l’histoire contemporaine. D’abord les Etats-Unis d’Amérique. Le destin a voulu que le candidat Al Gore, en sa qualité de vice président sortant donc président du Sénat Américain, présidât la cérémonie qui devait proclamer les résultats de l’élection contestée qui l’avait opposé au candidat Georges W. BUSH. Certains des partisans du candidat démocrate crurent bon d’introduire des requêtes pour contester les résultats de l’élection en Floride. Ils durent faire face à l’intransigeance du Président de séance Al Gore himself, qui ne voulait absolument pas que les institutions fussent affaiblies ou que le citoyen commençât à douter de la transparence du système démocratique, même si cette position devait lui couter la Présidence de la première puissance mondiale.
Ensuite la France. Quand le Général De Gaule voulut amender la constitution pour faire élire le Président de la République au suffrage universel direct, son vieil ami et compagnon de route, le président MONERVILLE y perçut de bonne foi une dérive autocratique et un danger réel pour l’équilibre des institutions. Mais il ne mit pas en péril le fondement de l’Etat et dut se résoudre à se retirer pour que l’essentiel restât sauf. Ce fut aussi le cas de Jacques Chaban Delmas quand, à la faveur du changement de majorité intervenu en 1986 (première cohabitation sous la cinquième République), le Président Mitterrand voulut se livrer à des manœuvres dilatoires en lui proposant d’envisager l’hypothèse de sa désignation au poste de premier ministre. Chaban dut renoncer pour ne pas donner une image peu flatteuse de la démocratie française. Je ne connais d’utilité pratique à l’histoire que de servir de référence. Monsieur le Sénateur, comme vous le voyez, les grands événements révèlent les grands hommes qui savent identifier l’essentiel pour le faire passer avant tout le reste. C’est tout à fait à votre portée. Tout règlement de cette crise en dehors du cadre fixé par la Constitution souverainement votée par les électeurs mauritaniens révélera les graves lacunes de l’élite et de la classe politique mauritaniennes.
Cordiales salutations
Abdoulaye DIAGANA
www.souslatente.blogspot.com
abdouldiagana@yahoo.fr
lundi 29 décembre 2008
A lire dans Le Calame du mardi 30 décembre 2008Lettre de Abdoulaye DIAGANA au sénateur Mohamed EL Hacen ould El Haj.
Dans sa parution du mardi 23 décembre 2008 Le Calame publiait une réponse au courrier du Président de la République Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi. Les faits qui y sont rapportés ont suscité beaucoup de commentaires. J’y ai réagi non pas pour défendre le Président Sidi (je pense qu’il sait le faire tout seul s’il le désirait) mais apporter ma contribution au débat sur le fonctionnement de nos institutions. Morceaux choisis.
« Le fait que des militaires aient choisi de s’immiscer dans le jeu politique est inquiétant mais aurait pu se limiter à cela s’il ne leur était venue l’idée de vouloir tout contrôler et piloter de leur état-major en demandant aux politiques de se mettre au rapport. Leur soutien à un candidat est de mon point de vue anodin. Sauf à nous dire, Monsieur le sénateur, que les militaires ne se sont pas contentés de « faire du lobbying » par votre entremise mais qu’ils sont allés plus loin en mettant à contribution leur position et leurs avantages pour modifier le sens du scrutin. Tant que l’électeur mauritanien aura le pouvoir en son âme et conscience de voter pour le candidat de son choix dans le secret de son isoloir, peu importera que les militaires, les marabouts, les chefs de tribus, le syndicat des porteurs de flingue, le club des fatigués de naissance, l’association des porteurs de valise ou tout autre groupe du même acabit appelle à voter pour un candidat ou pour un autre. Ce que vous révélez, Monsieur le sénateur, c’est que vous vous êtes fait le porteur de la valise des Généraux dans laquelle se trouvait Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi. »
Ou encore plus loin :
« Pourquoi quand Abdoulaye WADE, Oumarou YARADOUA du Nigeria, TOURE du Mali réaménagent la haute hiérarchie militaire il n’y pas de coup d’Etat ? »
« Ce qui vous a probablement révulsé c’est d’avoir vu Sidi se prendre vraiment pour le Président (qu’il était et demeure). C’est un sentiment répandu chez l’humain. Combien de pères pensent avoir droit de vie et de mort sur leur progéniture, au point de penser sincèrement devoir leur imposer femme, carrière…y compris contre leur volonté et de ne point accepter de les voir grandir et s’émanciper ? »
« Quant à l’indépendance des médias je vous sais objectif au point de reconnaitre que l’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio et la Télévision publiques pendant l’expérience que les militaires viennent d’interrompre brutalement n’ont rien à voir avec les voix de Moscou et autres Pravda qui débitent à longueur d’émissions les vérités officielles et les motions de soutien à la gloire du Général, notre étoile polaire, nos quatre points cardinaux dont dépendent notre vie, notre présent, notre néant et notre être. Vous feriez un immense présent aux Mauritaniens et à votre cause en mettant un terme à ce spectacle infamant et infantilisant digne d’un autre Général, le très fantasque et ubuesque Idi Amin Dadda».
Pour finir, je fais un certain nombre de propositions au sujet de la réforme constitutionnelle dont a parlé monsieur le sénateur. Dans son esprit le nouvel équilibre à créer devra se traduire par plus de pouvoirs au parlement. Mon opinion est que le réforme doit aller plus loin et que nous ne devons pas nous montrer frileux en évitant les questions qui nous taraudent mais que personne n’ose affronter courageusement et formellement.
Tout cela est à lire dans Le Calame du mardi 30 décembre 2008. Je publierai pour ma part l’intégralité de la lettre dans les jours à venir.
Abdoulaye DIAGANA
« Le fait que des militaires aient choisi de s’immiscer dans le jeu politique est inquiétant mais aurait pu se limiter à cela s’il ne leur était venue l’idée de vouloir tout contrôler et piloter de leur état-major en demandant aux politiques de se mettre au rapport. Leur soutien à un candidat est de mon point de vue anodin. Sauf à nous dire, Monsieur le sénateur, que les militaires ne se sont pas contentés de « faire du lobbying » par votre entremise mais qu’ils sont allés plus loin en mettant à contribution leur position et leurs avantages pour modifier le sens du scrutin. Tant que l’électeur mauritanien aura le pouvoir en son âme et conscience de voter pour le candidat de son choix dans le secret de son isoloir, peu importera que les militaires, les marabouts, les chefs de tribus, le syndicat des porteurs de flingue, le club des fatigués de naissance, l’association des porteurs de valise ou tout autre groupe du même acabit appelle à voter pour un candidat ou pour un autre. Ce que vous révélez, Monsieur le sénateur, c’est que vous vous êtes fait le porteur de la valise des Généraux dans laquelle se trouvait Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi. »
Ou encore plus loin :
« Pourquoi quand Abdoulaye WADE, Oumarou YARADOUA du Nigeria, TOURE du Mali réaménagent la haute hiérarchie militaire il n’y pas de coup d’Etat ? »
« Ce qui vous a probablement révulsé c’est d’avoir vu Sidi se prendre vraiment pour le Président (qu’il était et demeure). C’est un sentiment répandu chez l’humain. Combien de pères pensent avoir droit de vie et de mort sur leur progéniture, au point de penser sincèrement devoir leur imposer femme, carrière…y compris contre leur volonté et de ne point accepter de les voir grandir et s’émanciper ? »
« Quant à l’indépendance des médias je vous sais objectif au point de reconnaitre que l’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio et la Télévision publiques pendant l’expérience que les militaires viennent d’interrompre brutalement n’ont rien à voir avec les voix de Moscou et autres Pravda qui débitent à longueur d’émissions les vérités officielles et les motions de soutien à la gloire du Général, notre étoile polaire, nos quatre points cardinaux dont dépendent notre vie, notre présent, notre néant et notre être. Vous feriez un immense présent aux Mauritaniens et à votre cause en mettant un terme à ce spectacle infamant et infantilisant digne d’un autre Général, le très fantasque et ubuesque Idi Amin Dadda».
Pour finir, je fais un certain nombre de propositions au sujet de la réforme constitutionnelle dont a parlé monsieur le sénateur. Dans son esprit le nouvel équilibre à créer devra se traduire par plus de pouvoirs au parlement. Mon opinion est que le réforme doit aller plus loin et que nous ne devons pas nous montrer frileux en évitant les questions qui nous taraudent mais que personne n’ose affronter courageusement et formellement.
Tout cela est à lire dans Le Calame du mardi 30 décembre 2008. Je publierai pour ma part l’intégralité de la lettre dans les jours à venir.
Abdoulaye DIAGANA
jeudi 25 décembre 2008
Une stèle pour une mémoire sélective
Monsieur Mohamed Lemine ould Dadde, Commissaire aux droits de l’homme du gouvernement militaire
Vous avez inauguré une stèle dressée à la mémoire des touristes français victimes de la barbarie il y a juste un an. Dans un passé récent vous et moi avons partagé les mêmes rangs au nom d’un idéal de justice et de démocratie, comme quand nous nous mobilisions pour la libération de Chbih Ould Cheikh Malainine, ou pour dénoncer les conditions dans lesquelles le dictateur Ould Taya avait organisé le scrutin électoral de 2003 en emprisonnant le candidat Ould Haidallah à la veille du vote, ou enfin quand nous nous démenions pour épargner à Salah Ould Hanena, à Abdarahmane Ould Minih et à leurs compagnons d’infortune la peine de mort qui leur pendait au nez. Vous et moi avons également en commun ce Manifeste des Justes dont l’assermenté que vous êtes ne peut ignorer la substance. Les aléas de la vie (et du combat politique) vous ont conduit vers d’autres rivages qui s’accommodent plus facilement des exercices de contorsionniste comme l’allégeance à un ordre qui use de la contrainte pour se substituer illégalement à l’ordre constitutionnel. J’ignore où vous étiez lors de la commémoration du 48ème anniversaire de l’accession de la Mauritanie à l’indépendance ; j’étais moi du côté des veuves et des orphelins qui commémoraient un autre anniversaire, bien triste celui-là : la pendaison le 28 novembre 1990 à Inal de 28 militaires négromauritaniens. 28 pour le 28 novembre. J’aurais aimé lire l’expression de votre visage quand Diary TOUMBO, courageuse veuve du lieutenant Sall Abdoulaye racontait les conditions dans lesquelles sont époux a quitté pour la dernière fois le domicile conjugal. J’aurais aimé également croiser votre regard après le témoignage des orphelins et des autres veuves qui n’ont a aucun moment exprimé de la haine ni réclamé vengeance malgré la cruauté de l’acte. Vous comprendrez dès lors, cher compagnon d’un temps, que ma joie ne soit que partielle quand je vois l’empressement avec lequel vous commémorez à juste raison la disparition de touristes occidentaux alors que vous ne faites aucun cas de la disparition tragique et criminelle de vos propres concitoyens. Comment le Juste que vous êtes censé être peut-il admettre et laisser perdurer un tel dualisme ? Il ne doit pourtant pas être difficile de retrouver leurs dépouilles pour les inhumer enfin selon le rite musulman avant d’ériger un monument contre l’oubli et pour faciliter le travail de réconciliation sans lequel il serait illusoire de vouloir conduire les mauritaniens à regarder ensemble dans la même direction ni même de partager le même destin. Il vous suffirait de demander à certains de vos compagnons d’aujourd’hui ‘du côté du bureau de l’Assemblée Nationale par exemple) qui doivent certainement avoir même vaguement une idée de ce qui s’est passé et de l’endroit où leurs frères d’armes ont pu être enterrés à la sauvette. Cela ne légitimera pas pour autant votre gouvernement mais vous permettra de faire quelque chose d’utile et de consensuel avant que vos patrons ne retournent bientôt dans les casernes qu’ils n’auraient jamais du quitter.
Avec mes cordiales salutations.
Abdoulaye DIAGANA
www.souslatente.blogspot.com
abdouldiagana@yahoo.fr
Vous avez inauguré une stèle dressée à la mémoire des touristes français victimes de la barbarie il y a juste un an. Dans un passé récent vous et moi avons partagé les mêmes rangs au nom d’un idéal de justice et de démocratie, comme quand nous nous mobilisions pour la libération de Chbih Ould Cheikh Malainine, ou pour dénoncer les conditions dans lesquelles le dictateur Ould Taya avait organisé le scrutin électoral de 2003 en emprisonnant le candidat Ould Haidallah à la veille du vote, ou enfin quand nous nous démenions pour épargner à Salah Ould Hanena, à Abdarahmane Ould Minih et à leurs compagnons d’infortune la peine de mort qui leur pendait au nez. Vous et moi avons également en commun ce Manifeste des Justes dont l’assermenté que vous êtes ne peut ignorer la substance. Les aléas de la vie (et du combat politique) vous ont conduit vers d’autres rivages qui s’accommodent plus facilement des exercices de contorsionniste comme l’allégeance à un ordre qui use de la contrainte pour se substituer illégalement à l’ordre constitutionnel. J’ignore où vous étiez lors de la commémoration du 48ème anniversaire de l’accession de la Mauritanie à l’indépendance ; j’étais moi du côté des veuves et des orphelins qui commémoraient un autre anniversaire, bien triste celui-là : la pendaison le 28 novembre 1990 à Inal de 28 militaires négromauritaniens. 28 pour le 28 novembre. J’aurais aimé lire l’expression de votre visage quand Diary TOUMBO, courageuse veuve du lieutenant Sall Abdoulaye racontait les conditions dans lesquelles sont époux a quitté pour la dernière fois le domicile conjugal. J’aurais aimé également croiser votre regard après le témoignage des orphelins et des autres veuves qui n’ont a aucun moment exprimé de la haine ni réclamé vengeance malgré la cruauté de l’acte. Vous comprendrez dès lors, cher compagnon d’un temps, que ma joie ne soit que partielle quand je vois l’empressement avec lequel vous commémorez à juste raison la disparition de touristes occidentaux alors que vous ne faites aucun cas de la disparition tragique et criminelle de vos propres concitoyens. Comment le Juste que vous êtes censé être peut-il admettre et laisser perdurer un tel dualisme ? Il ne doit pourtant pas être difficile de retrouver leurs dépouilles pour les inhumer enfin selon le rite musulman avant d’ériger un monument contre l’oubli et pour faciliter le travail de réconciliation sans lequel il serait illusoire de vouloir conduire les mauritaniens à regarder ensemble dans la même direction ni même de partager le même destin. Il vous suffirait de demander à certains de vos compagnons d’aujourd’hui ‘du côté du bureau de l’Assemblée Nationale par exemple) qui doivent certainement avoir même vaguement une idée de ce qui s’est passé et de l’endroit où leurs frères d’armes ont pu être enterrés à la sauvette. Cela ne légitimera pas pour autant votre gouvernement mais vous permettra de faire quelque chose d’utile et de consensuel avant que vos patrons ne retournent bientôt dans les casernes qu’ils n’auraient jamais du quitter.
Avec mes cordiales salutations.
Abdoulaye DIAGANA
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mercredi 8 octobre 2008
Ils ont échoué
Il fallait sans doute un brin de naïveté, un zeste d’insouciance, un soupçon d’inconscience pour penser que depuis l’élection démocratique, libre et transparente d’un Président de la République les mauritaniens allaient ne plus avoir à s’occuper que de l’amélioration de leurs massacrantes conditions de vie. Le piège était sous nos yeux, profond comme le forage pétrolier de Chinguitty. Nous fonçâmes droit dedans comme les forcenés que nous fûmes. Nous oubliâmes que tout projet valait avant tout par la légitimité de ses concepteurs, la pertinence de son objet et la foi de ses porteurs et de ses bénéficiaires/cibles. Pour la foi et la légitimité il faudra repasser.
Les militaires qui ont opéré le putsch d’août 2005 ont été élevés au rang de « vaillants héros » pour nous avoir « débarrassés » d’un dictateur sanguinaire. Ceux qui leur ont décerné cette distinction « au nom des mauritaniens » ont sans doute jugé qu’il importait peu que les militaires se fussent imposés à nous un certain 10 juillet 1978 au sortir d’une guerre dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne l’avaient pas gagnée. Il importait également peu qu’on rappelât que le monstre « qui avait ses dents avant ses yeux pour déchirer les agneaux et sucer leur sang pur » était lui-même un cadeau fait au peuple mauritanien par l’armée dans un grand élan de générosité. L’armée avait enfanté Ould Taya, elle l’a repris, béni soit le nom de l’Armée !? Fallait-il en déduire qu’elle avait gagné le droit de s’incruster dans la vie politique et de n’en plus partir, nonobstant la volonté de tout un peuple ? Au Mali et au Sénégal où l’Armée paie un lourd tribut à la lutte contre les groupes armés les civils gèrent en toute indépendance le mandat que leur a confié l’électeur. Si le droit de s’immiscer dans la sphère politique devait être fonction du prix payé sur le champ de guerre les militaires de ces pays deviendraient au bas mot Présidents à vie. En Algérie où l’ALN a chassé le colonisateur puis occupé le pouvoir, Abdel Aziz Bouteflika mène la barque après s’être débarrassé de la tutelle encombrante de l’armée. Alors que sont ces réclamations des lendemains qui chantent ? Nous serions curieux de savoir comment chez nous, ceux qui ont décidé de s’asseoir sur la volonté du peuple (une baïonnette, rappelez-vous on peut tout en faire sauf s’asseoir dessus) ont gagné leurs galons ? Quelle guerre, quelle bataille ont-ils remportées ? Sur quel champ d’honneur se sont-ils illustrés ? Il y a vraiment des réussites qui cachent de retentissants et cuisants échecs. Le putsch d’août 2005 a été une curiosité saluée par des démocrates sincères et convaincus, tant le désir était grand de neutraliser le dictateur qui nous martyrisait. Celui d’août 2008 a réussi le tour de force de mobiliser contre lui une partie de l’opinion nationale : pour la première fois dans notre histoire, un coup d’Etat n’arrive pas à s’imposer deux mois après son exécution malgré la versatilité du mauritanien et sa propension à vénérer le détenteur du pouvoir. Ce n’est pas un hasard. D’abord parce que le président qu’il a renversé, malgré ses défauts, était arrivé au pouvoir par la volonté des urnes (que sa candidature ait été suscitée et appuyée par un groupe ou un autre ne change rien au fait que les électeurs ont vraiment voté pour lui sans bourrage d’urnes ni manipulations de scrutin). Ensuite parce qu’il nous détourne des préoccupations essentielles pour maintenir tout un pays sur une voie de garage, réduit à gérer une crise politique qui s’éternise, avec des agents de l’Etat qui vont au travail (quand ils y vont) pour voir passer le temps des incertitudes, des investisseurs et des opérateurs économiques qui perdent confiance et patience et le peuple qui voit sa situation se précariser davantage faute d’avoir des leaders qui se penchent sur son quotidien. Enfin parce que la Communauté Internationale le rejette sans ambiguïté avec à la clef le spectre de l’embargo et son lot de pénuries parce qu’elle joue sa crédibilité. Pour toutes ces raisons, et quelle que soit l’issue de ce bras de fer, ce putsch est un échec et un cauchemar qui doit prendre fin. C’est le sort d’un pays qui se joue contre la carrière de quelques gradés. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Le Président Umaru Musa Yar'adua, malade, vient de réaménager la haute hiérarchie militaire du Nigeria tout comme Sidi Ould Cheikh Abdallah au début de son mandat quand il remerciait Ould Boubacar et d’autres hauts gradés de l’armée. Au Nigeria il n’y a pas eu coup d’Etat (une armée est républicaine ou pas) tout comme il n’y eut aucune voix pour crier à la décapitation de l’armée lorsque le remaniement ne gênait pas nos actuels putschistes. La motivation n’étant ni consistante ni altruiste « nos vaillants héros » sont en passe de se muer en pieds nickelés, en hypothéquant au passage l’avenir de tout un peuple alors que la seule question qui se pose c’est : quand et comment vont-ils quitter le pouvoir ? Ils gagneraient à négocier leur départ, pendant que certaines choses peuvent encore être sauvées. Par là est la sortie. Et le salut.
Salut
Abdoulaye DIAGANA
France
abdouldiagana@yahoo.fr
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Les militaires qui ont opéré le putsch d’août 2005 ont été élevés au rang de « vaillants héros » pour nous avoir « débarrassés » d’un dictateur sanguinaire. Ceux qui leur ont décerné cette distinction « au nom des mauritaniens » ont sans doute jugé qu’il importait peu que les militaires se fussent imposés à nous un certain 10 juillet 1978 au sortir d’une guerre dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne l’avaient pas gagnée. Il importait également peu qu’on rappelât que le monstre « qui avait ses dents avant ses yeux pour déchirer les agneaux et sucer leur sang pur » était lui-même un cadeau fait au peuple mauritanien par l’armée dans un grand élan de générosité. L’armée avait enfanté Ould Taya, elle l’a repris, béni soit le nom de l’Armée !? Fallait-il en déduire qu’elle avait gagné le droit de s’incruster dans la vie politique et de n’en plus partir, nonobstant la volonté de tout un peuple ? Au Mali et au Sénégal où l’Armée paie un lourd tribut à la lutte contre les groupes armés les civils gèrent en toute indépendance le mandat que leur a confié l’électeur. Si le droit de s’immiscer dans la sphère politique devait être fonction du prix payé sur le champ de guerre les militaires de ces pays deviendraient au bas mot Présidents à vie. En Algérie où l’ALN a chassé le colonisateur puis occupé le pouvoir, Abdel Aziz Bouteflika mène la barque après s’être débarrassé de la tutelle encombrante de l’armée. Alors que sont ces réclamations des lendemains qui chantent ? Nous serions curieux de savoir comment chez nous, ceux qui ont décidé de s’asseoir sur la volonté du peuple (une baïonnette, rappelez-vous on peut tout en faire sauf s’asseoir dessus) ont gagné leurs galons ? Quelle guerre, quelle bataille ont-ils remportées ? Sur quel champ d’honneur se sont-ils illustrés ? Il y a vraiment des réussites qui cachent de retentissants et cuisants échecs. Le putsch d’août 2005 a été une curiosité saluée par des démocrates sincères et convaincus, tant le désir était grand de neutraliser le dictateur qui nous martyrisait. Celui d’août 2008 a réussi le tour de force de mobiliser contre lui une partie de l’opinion nationale : pour la première fois dans notre histoire, un coup d’Etat n’arrive pas à s’imposer deux mois après son exécution malgré la versatilité du mauritanien et sa propension à vénérer le détenteur du pouvoir. Ce n’est pas un hasard. D’abord parce que le président qu’il a renversé, malgré ses défauts, était arrivé au pouvoir par la volonté des urnes (que sa candidature ait été suscitée et appuyée par un groupe ou un autre ne change rien au fait que les électeurs ont vraiment voté pour lui sans bourrage d’urnes ni manipulations de scrutin). Ensuite parce qu’il nous détourne des préoccupations essentielles pour maintenir tout un pays sur une voie de garage, réduit à gérer une crise politique qui s’éternise, avec des agents de l’Etat qui vont au travail (quand ils y vont) pour voir passer le temps des incertitudes, des investisseurs et des opérateurs économiques qui perdent confiance et patience et le peuple qui voit sa situation se précariser davantage faute d’avoir des leaders qui se penchent sur son quotidien. Enfin parce que la Communauté Internationale le rejette sans ambiguïté avec à la clef le spectre de l’embargo et son lot de pénuries parce qu’elle joue sa crédibilité. Pour toutes ces raisons, et quelle que soit l’issue de ce bras de fer, ce putsch est un échec et un cauchemar qui doit prendre fin. C’est le sort d’un pays qui se joue contre la carrière de quelques gradés. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Le Président Umaru Musa Yar'adua, malade, vient de réaménager la haute hiérarchie militaire du Nigeria tout comme Sidi Ould Cheikh Abdallah au début de son mandat quand il remerciait Ould Boubacar et d’autres hauts gradés de l’armée. Au Nigeria il n’y a pas eu coup d’Etat (une armée est républicaine ou pas) tout comme il n’y eut aucune voix pour crier à la décapitation de l’armée lorsque le remaniement ne gênait pas nos actuels putschistes. La motivation n’étant ni consistante ni altruiste « nos vaillants héros » sont en passe de se muer en pieds nickelés, en hypothéquant au passage l’avenir de tout un peuple alors que la seule question qui se pose c’est : quand et comment vont-ils quitter le pouvoir ? Ils gagneraient à négocier leur départ, pendant que certaines choses peuvent encore être sauvées. Par là est la sortie. Et le salut.
Salut
Abdoulaye DIAGANA
France
abdouldiagana@yahoo.fr
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mercredi 3 septembre 2008
ILS VONT NOUS AFFAMER !
Les mauvaises nouvelles se suivent en Mauritanie. Après l’U.A, les USA et l’UE les Nations Unies viennent de condamner vigoureusement le renversement du président démocratiquement élu de la Mauritanie et refusent de reconnaître tout autre gouvernement que celui désigné par Sidi Ould Cheikh Abdallahi et son premier ministre. Mais ce qui suscite les plus grandes inquiétudes c’est surtout la succession de mesures visant à réduire la rébellion d’une partie de l’Armée contre la démocratie mauritanienne : suspension de l’aide non humanitaire des USA, de la France, de l’UE et les menaces de sanctions du conseil de sécurité des nations, de durcissement de la position de la France et de l’UE. Cette batterie de mesures limite largement les putschistes dans leurs manœuvres. Ils peuvent jouer la montre et miser sur le temps pour adoucir la position des partenaires au développement. Mais c’est lier le sort de tout un peuple éprouvé par des conditions de vie insupportables à une très peu probable issue. Le pays peut vivre un temps sur ses maigres réserves mais bientôt la période de soudure pointera et nous devrons nous nourrir de… De quoi au juste ? Ce qui nous pend au nez, c’est une inflation exponentielle, la famine, le rationnement des produits de grande consommation, la pénurie, la dépréciation de la monnaie nationale…Il faut imaginer la ménagère mauritanienne tirer péniblement derrière elle une valise de billets pour aller acheter quelques grammes de thé dans les rares boutiques à en disposer encore. Le temps joue inexorablement contre ceux qui se sont assis sur le choix de tout un peuple. La question n’est pas de savoir s’ils finiront par capituler mais quand et après quels dégâts ? Il faut se demander si des hommes qui se disent patriotes et soucieux du bien-être de leur peuple (après tout pourquoi pas ? Mais on demande à croire) peuvent laisser celui-ci supporter d’inutiles souffrances. Le syndrome Irak, Zimbabwé et Zaïre frappe dangereusement à nos portes. Et comme toujours, les premières victimes de ce genre de situations ne seront pas nécessairement ceux qui en sont les responsables. Ils disposent d’assez de réserves pour être à l’abri de la pénurie… Mais combien de temps vont-ils tenir ? Quelques semaines ? Quelques mois tout au plus ? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Nos chefs jouent avec le feu. Les efforts (déjà très en deçà de ce qu’il fallait) fournis depuis des décennies pour mettre en place un semblant d’économie fonctionnant avec les standards internationaux sont sur le point d’être réduits à néant. Les prêts, aides, subventions, dons en tous genres consentis par les partenaires au développement vont être redéployés et réaffectés et il faudra des trésors de patience, une force de persuasion à nulle autre pareille, des garanties qui iront désormais au-delà de la simple organisation d’élections libres et transparentes pour que la communauté internationale se laisse tenter par une nouvelle aventure avec un pays aussi instable. Les militaires et leurs soutiens civiles ont beau crier que la Mauritanie peut se débrouiller sans l’aide internationale ; ils savent bien qu’il n’en est rien et ne pensent pas un seul mot de ce qu’ils disent ou alors ce seraient de très grands naïfs doublés d’incompétents notoires qui n’ont rien compris au monde qui les entoure. Déjà avec cette aide nous ne parvenions pas à prévenir les menaces de famine et les difficultés de trésorerie et on nous fait croire qu’on ferait beaucoup mieux avec beaucoup moins !!! Ne sont-ils pas simplement entrain d’insulter l’intelligence de millions de mauritaniens ? Ce qui nous pend au nez c’est la déliquescence et la faillite de l’Etat et l’obligation de tout reprendre à zéro. Des années de retard à accuser sur le sinueux chemin du développement. Je me refuse à croire que tout ce mal soit imposé aux mauritaniens par patriotisme et par amour. Rarement inconséquence et irresponsabilité auront été poussées aussi loin.
Quant à ceux qui crient au scandale de l’ingérence, on se demanderait où ils étaient quand cette communauté internationale qu’ils chargent de tant de maux finançait le processus électoral en Mauritanie ou quand elle faisait de l’acharnement thérapeutique sur une patiente sous perfusion et en quasi mort clinique? S’il faut parler de souveraineté nationale il faut aller jusqu’au bout de la logique et se donner les moyens de sa politique. Des mauritaniens ont unilatéralement rompu le contrat qui les liait à la communauté internationale (et accessoirement au reste des mauritaniens) au terme duquel l’aide venait en contrepartie de l’observance des règles du jeu démocratique et de la bonne gouvernance. Ils ont violé le contrat en sachant plus ou moins (plutôt moins que plus) ce à quoi ils s’exposaient. Le peuple, lui, attend le sort qui frappera irrémédiablement : ils vont donc nous affamer et nous regardons faire. Jusqu’à mourir sans geindre.
Quant à ceux qui crient au scandale de l’ingérence, on se demanderait où ils étaient quand cette communauté internationale qu’ils chargent de tant de maux finançait le processus électoral en Mauritanie ou quand elle faisait de l’acharnement thérapeutique sur une patiente sous perfusion et en quasi mort clinique? S’il faut parler de souveraineté nationale il faut aller jusqu’au bout de la logique et se donner les moyens de sa politique. Des mauritaniens ont unilatéralement rompu le contrat qui les liait à la communauté internationale (et accessoirement au reste des mauritaniens) au terme duquel l’aide venait en contrepartie de l’observance des règles du jeu démocratique et de la bonne gouvernance. Ils ont violé le contrat en sachant plus ou moins (plutôt moins que plus) ce à quoi ils s’exposaient. Le peuple, lui, attend le sort qui frappera irrémédiablement : ils vont donc nous affamer et nous regardons faire. Jusqu’à mourir sans geindre.
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