jeudi 21 juillet 2011

Biram Ould Dah sur kassataya : « j’appellerai au boycott de ce recensement… L’Etat mauritanien n’est pas invincible » (mise à jour)

Kassataya, 18 juillet 2011- Dans un entretien accordé à Kassataya, Biram ould Dah ould Abeid, qui séjourne actuellement en Europe, a annoncé qu’il appellera au boycott de l’enrôlement des populations en Mauritanie dès son retour au pays.

«Ce recensement n’est pas seulement contre les communautés bambara, peuls, soninké et wolofs. Ce recensement est aussi très dangereux pour la communauté haratine, et ça personne ne le dit. Il y a 600 000 esclaves domestiques qui n’ont pas de papiers et l’Etat mauritanien refuse de leur en donner ». Le leader du mouvement IRA a ajouté que parmi les affranchis seule une minorité dispose de papiers, sur un effectif qu’il situe entre 1 200 000 et 1 400 000habitants, soit près de la moitié de la population mauritanienne.

Biram Ould Dah s’est en outre insurgé contre le fait que, par un décret politique, la communauté haratine soit cataloguée arabe, ce qui, pour lui « est un déni extrêmement grave, une oppression extrêmement grave contre laquelle l’IRA lutte ».

Il s’est enfin attaqué aux partis et organisations qui dénoncent le recensement et qui partent quand même s’inscrire. « Je ne peux pas dénoncer un recensement et aller me recenser alors que les autres [citoyens], on leur dénie le droit de se recenser, alors que ce sont des gens que je suis censé défendre… J’appellerai dès mon arrivé à Nouakchott au boycott de ce recensement et je ne me recenserai pas. Et je considère que c’est une incohérence que d’aller se recenser, c’est raser les murs, ce n’est pas correct, ce n’est pas cohérent. Il faut payer le prix de ce combat ».

Il conclue en disant que « l’Etat mauritanien n’est pas invincible, surtout sous Ould Abdel Aziz qui est un tigre de papier… Il faut que les gens descendent dans les rues… Il faut une mobilisation populaire. Il faut un rapport de force dans les rues, dans les medias, devant la communauté internationale ».

L'extrait est disponible ici.

L'intégralité de l'entretien est disponible en podcast.

mercredi 15 juin 2011

Edito : recensement national de la population, illusio et culture du travail bâclé.

Dans le répertoire bourdieusien, l’illusio correspond à cette tendance à adhérer à un champ qu’on s’empresse de mettre à l’abri de la discussion. Dit rapidement, c’est un peu comme s’inventer une histoire tout droit sortie de notre imagination et qu’on finit par prendre pour vérité indiscutable.

C’est un exercice dans lequel excellent les décideurs mauritaniens. Ainsi, construisent-ils des routes recouvertes d’une matière noirâtre que l’on considère comme du bitume. Tombées les premières pluies, les automobilistes slaloment entre les crevasses en cherchant les traces de ce qui dans une autre vie ressembla à une route bitumée. Normal : le plus important n’était pas d’avoir une route de qualité mais bien de pouvoir dire que l’entrepreneur a livré une route en contrepartie de l’argent empoché et le politique est contant de pouvoir pavaner lors de l’inauguration. Idem pour les ponts : on se souvient du feuilleton du pont de Kamour fait et refait dans la précipitation et qui s’effondre à répétition.

Avec de mauvaises données on ne prend que de mauvaises décisions.

Et voilà que le gouvernement confie le recensement national de la population à une commission dirigée par une personne contestée. Au vu du déroulement dudit recensement, on est en droit de penser que les réserves émises sur les compétences et la composition de la commission sont loin d’être injustifiées. Un recensement, dans son principe, permet de compter pour savoir combien nous sommes ? Comment se répartit la population ? Combien de jeunes ? De femmes ? D’enfants ? De personnes âgées ? D’émigrés ? Etc.… Il a pour objet d’aider le décideur à quantifier, à identifier les besoins, à répartir l’enveloppe des ressources disponibles en connaissance de cause, à planifier ses actions… D’où l’importance de disposer d’informations fiables. Avec de mauvaises données on ne prend que de mauvaises décisions.

Tout ne peut pas être instrumentalisé, politisé.

Or, de nombreux témoignages dont ceux de députés, montrent que nous assistons à un véritable sabotage des opérations d’enrôlement. Des agents posent aux citoyens venus se faire enrôler des questions suspectes et humiliantes : connaissez-vous le nom de l’épouse de tel notable ? Parlez-vous telle langue ? Savez-vous réciter le Coran ?... Les agents de recensement ont-ils vocation à se substituer au juge et à décider de la mauritanité d’un citoyen qui présente les documents requis ? De même, ils refusent de recenser les personnes de moins de 45ans. Les heureux élus doivent pour leur part présenter leurs parents s’ils sont en vie. Si vous êtes fâchés avec vos parents, tant pis pour vous, vous ne serez pas recensés ; à moins de faire la paix pour les besoins de l’enrôlement. Pour compliquer les choses, le recensement ne se fait que dans les chefs-lieux de département, avec parfois des distances de plusieurs centaines de kilomètres à parcourir en plusieurs jours pour les plus déterminés. Les mauritaniens nés à l’étranger ne sont pas enregistrés. Quant à ceux fixés à l’étranger, leur cas ne semble intéresser personne. Résultat des courses : de nombreuses personnes ne peuvent pas se faire enrôler. Et comme pour finir de jeter un voile de suspicion légitime sur le processus, tout se déroule de façon confidentielle, comme si quelque part, quelqu’un avait intérêt à ce que les choses se déroulent en petit comité. Qui a intérêt à saboter ainsi les statistiques du pays ? Pour quels sombres desseins ? Pourquoi les plus hautes autorités laissent-elles faire ?

Imaginons un père de famille donnant la dépense quotidienne à son épouse en faisant semblant d’ignorer la présence de quelques membres de la famille ! Comment peut-il s’étonner que le repas ne suffise pas aux besoins de tous surtout quand des visiteurs imprévus (ils ne le sont pas souvent chez nous) se sont retrouvés dans la maisonnée opportunément à l’heure du repas ?

Ce recensement a réussi le tour de force de mobiliser contre lui presque tous les mauritaniens. Les négro-africains crient à la tentative de marginalisation. Les arabo-berbères s’insurgent contre les embuches semés sur leur chemin comme pour les dissuader de se recenser. C’est un scandale ! En 1998, l’organisation était autre ; l’esprit aussi. Plus de dix ans après, la Mauritanie avance à grands pas. A reculons.

Avec ce recensement, on (dés) organisera notre état-civil de même que le fichier électoral. On fera alors semblant d’avoir des papiers mauritaniens ; on fera semblant aussi de voter comme le font ceux qui font semblant de croire en la démocratie. Après tout, chez nous, on fait toujours semblant. Semblant de solder les assassinats extrajudiciaires, les crimes et les déportations en les nommant « passif humanitaire » ; semblant de minimiser la gravité d’un coup d’Etat militaire en l’appelant « rectification » ; semblant de vendre une entourloupe gigantesque en l’appelant « démocratie », semblant de construire un pays en l’appelant « Mauritanie ». Et interdiction formelle de remettre tout ça en cause ou même d’en douter : « Aux questions sur les raisons de l'appartenance, de l'engagement viscéral dans le jeu, les participants n'ont rien à répondre en définitive, et les principes qui peuvent être invoqués en pareil cas ne sont que des rationalisations post festum destinées à justifier, pour soi-même autant que pour les autres, un investissement injustifiable. » (Bourdieu, Méditations pascaliennes). Tout est dit.

Abdoulaye DIAGANA

KASSATAYA.COM

Billet : Ould Abdel Aziz lâche Khaddafi, un fidèle soutien.

La vie est cruelle pour les rêveurs ! Et la politique donc ! Il doit siéger dans le crane
de Mouammar Khaddafi un violent tourbillon suite à la décision de Mohamed Ould Abdel Aziz
de le déclarer fini et incapable de diriger la Libye. Qui l?eut cru ? On se souvient
qu?après le coup d?Etat perpétré par le général Mohamed Ould Abdel Aziz contre Sidi Ould
Cheikh Abdallahi, le colonel Khaddafi, alors président de l?UA s?était fait un point
d?honneur de faire entériner le fait accompli. Pendant que le Groupe de Contact (UA, OIF,
CEDEAO, OCI, Ligue Arabe) s?employait à faire plier la junte militaire, Mouammar Khaddafi
défendait urbi et orbi la légitimité de Mohamed Ould Abdel Aziz.

C?est ainsi que recevant le président renversé à Tripoli en mars 2009 pour chercher une
solution à la crise institutionnelle en Mauritanie, le Colonel Khaddafi faisait
comprendre à Sidi ould Cheikh Abdellahi que le retour en arrière n?était pas possible et
que toute solution devait tenir compte du fait que Ould Abdel Aziz était le président de
la Mauritanie.

Surpris par une cette position peu habituelle de la part d?un arbitre Sidi Ould Cheikh
Abdallahi rentrait tranquillement reprendre sa méditation à Lemden, son village natal où
il avait été assigné à résidence.

Auparavant, en signe de reconnaissance, Khaddafi avait accrédité un ambassadeur nommé par
la junte militaire. Le colonel parvenait même à obtenir de son protégé mauritanien la
rupture des relations diplomatiques avec Israël juste avant une visite restée gravée dans
les mémoires. Indignés par le soutien affiché au grand jour par le colonel Khaddafi
envers le général ould Abdel Aziz, la délégation du FNDD avec à sa tête Messaoud Ould
Boulkheir avait alors quitté ostensiblement le palais des congrès pour manifester son
désaccord.

Fort de ce soutien (et de bien d?autres), le général Ould Abdel Aziz réussit à
«régulariser» son pouvoir.

Le Colonel Khaddafi se faisait fort de sillonner une Afrique en ébullition pour dénoncer
la démocratie qui serait une excroissance honteuse importée d?un Occident honni. Il
encourageait le président Tanja du Niger à modifier la constitution de son pays pour
s?éterniser au pouvoir.

Aujourd?hui, la bourrasque a tourné. Et elle est arabe. Le fantasque colonel est dans de
sales draps, plus proche de la Roche Tarpéienne que du Capitole. Réaliste, Ould Abdel
Aziz n?a pas jugé utile de se compromettre pour son désormais ex parrain.

Ironie du sort, fin février 2011, la Mauritanie publiait un communiqué dans lequel elle
réaffirmait «sa conviction entière que la pratique effective de la démocratie et des
libertés publiques et individuelles est le seul garant de la paix, de la sécurité, de la
stabilité et de la prospérité des peuples » (sic).

Dans la foulée, Ould Abdel Aziz se débarrassait de Naha Mint Mouknass, ministre des
affaires étrangères réputée proche de Khaddafi. En politique il n?y a pas d?amis. Les
intérêts convergent ou non et font des alliés de circonstance. Ould Abdel Aziz aurait pu
choisir la loyauté. Il lui a préféré le réalisme. Ainsi va la politique. Ce n?est
certainement pas Khaddafi qui dira le contraire.

Abdoulaye Diagana

Source: KASSATAYA

Sensation à l'ouverture du congrès des FLAM: Samba Thiam fait les comptes, les FLAM ne peuvent pas porter seules le fardeau de la lutte.

La salle des fêtes de l'hôtel Ibis de Champs-sur-Marne (près de Paris) a abrité ce samedi
28 mai 2011 la cérémonie d'ouverture du VIIème congrès des Forces de Libération
Africaines de Mauritanie (FLAM). Première surprise, contrairement aux habitudes dans ce
genre de circonstances, invités et congressistes ont répondu présent presque sans retard,
malgré l'heure matinale.
La matinée s'annonce prometteuse. Il suffit de jeter un regard sur l'organisation pour
s'en convaincre : accueil chaleureux des hôtesses sourire de rigueur, stand à l'entrée où
sont exposés les badges nominatifs des invités et des congressistes, croissants,
petits-fours, petit déjeuner en libre-service... du rarement vu dans les manifestations
africaines comme le fera remarquer le journaliste Sidik Abba de la PANA.
10h : les invités s'installent dans la salle de conférence et échangent des politesses.
Certains font connaissance, d'autres fêtent les retrouvailles : la délégation américaine
est bien représentée. Soudain, les regards se tournent vers l'entrée : le président Samba
Thiam fait son entrée. Quelques poignées de main et le voilà installé à la tribune
entouré de Ibrahima Mifo Sow, secrétaire à l?organisation, de Ndongo Abou Bekrine,
coordinateur du conseil national et Ibrahima Abou Sall, secrétaire général de la section
Europe de l?Ouest et organisateur de l?événement. Après un bref mot de bienvenue ce
dernier, très détendu et souriant, donne la parole au président Samba Thiam qui ouvre son
discours en rappellent que les « congrès étaient un moment de pause? destinés à faire le
point, à ouvrir des perspectives et à réajuster, au besoin, méthodes et stratégies de
lutte ». Le ton est donné. Ce congrès ne sera pas comme les autres.
Dictature raciste et arrogante
Très remonté contre le président Mohamed Ould Abdel Aziz qui « au tout début de sa prise
de pouvoir avait suscité quelque espoir », Samba Thiam dénoncera l'absence d'équilibre
dans la représentativité dans la haute administration, l'évacuation de la question du
passif humanitaire, l'arrêt brutal du retour des réfugiés, la spoliation des terres de la
Vallée, et le laxisme dans la gestion de la question de l'esclavage. Pour le président
des FLAM, le constat est clair et amer : « le régime, par toutes ces pratiques, est
entrain de révéler sa vraie nature : une dictature camouflée, arrogante, répressive et
raciste, qui œuvre à préserver le même Système discriminatoire, à l'origine des régimes
militaires arabo-berbères qui l'avaient précédé ! Comme ces derniers, le Régime du
président Mohamed Ould Abdel Aziz élude les questions centrales pour n'aborder, au petit
bonheur la chance, que les questions périphériques, techniques, secondaires ». Il
reviendra ensuite sur les violences contre les étudiants noirs à l'université de
Nouakchott avant de minimiser la portée de la décision prise par les autorités
mauritaniennes de répertorier les tombes des disparus depuis l'indépendance.
Dispersion des forces, rôle des sites électroniques
La charge est violente contre le régime. Elle le sera à peine moins pour « les forces de
la résistance ». Samba Thiam ne se montre pas tendre en effet avec ces organisations, les
FLAM comprises, qui se livrent à une querelle de clochers, « jouant au leader »,
organisant leurs propres manifestations? Il fustigera également la gestion des sites
électroniques sur fond de chasse aux visiteurs, regrettant qu'elles donnent dans l?auto
flagellation au lieu de s'attaquer au Système.
Le moment est venu de nous remettre en cause.
« A situation nouvelle, stratégie nouvelle », lance Samba Thiam. La salle retient son
souffle. Le fantôme du congrès de Cincinnati qui a vu l'organisation traverser une sévère
crise semble s'éloigner. Samba Thiam poursuit en appelant à « l'unité la plus large
possible avec les forces patriotiques, démocratiques et progressistes qui partagent, avec
nous, les mêmes aspirations? S'unir ou périr tel est le sens et l'alternative de
l'instant, tel est l'enjeu du moment ». Les lignes semblent bouger. Et pas de peu. Et le
président des FLAM de déplorer l'autosatisfaction et la condescendance auxquelles son
organisation a pu céder par moments. C?est qu?après avoir rendu un hommage appuyé aux
martyrs qui ont donné leur vie et aux militants qui font preuve de persévérance, Samba
Thiam en est arrivé à la conclusion qu' « il serait illusoire de croire qu'une seule
organisation, même toute puissante, au vu des conditions internes de plus en plus
difficiles et complexes, fut en mesure de venir à bout, toute seule, du Système en cours
». L'auditoire saisit la portée de la déflagration et la couvre de ses applaudissements.
Un véritable tournant s'annonce. Ce congrès ne ressemblera décidemment pas aux autres.
Pour ceux qui ne l'auraient pas compris, le président des FLAM martèle qu'il faudra se
préparer à « prendre les décisions courageuses qu'impose l'évolution de notre
organisation, voire sa survie ». Un autre tabou va tomber : le mouvement va se redéployer
en Mauritanie. C?est l'objet d?une vieille querelle qui vole en éclats. Désormais, plus
rien ne sera comme avant. En se débarrassant de ces écueils, les FLAM renvoient
habilement la balle dans le camp des autres organisations et partis. Les FLAM se disent
prêtes pour le rassemblement et le combat sur le terrain.
Tous les invités qui prendront la parole abonderont dans le même sens et encourageront
les FLAM à aller jusqu?au bout de ces résolutions. Une absence de taille assombrit
cependant le concert : la section française de l?AJD/MR n?a pas répondu à l?invitation
des FLAM.
Il est 12h30, les congressistes ont une demi-heure d'avance sur le programme. Les invités
s'installent dans le restaurant de l'hôtel. Les discussions informelles reprennent dans
une atmosphère bon enfant. Des acteurs qui s'étrillaient copieusement sur le net
rigolent, plaisantent et mangent côte à côte. Un nom s'invite soudain : mais qui est donc
Poullori ? Où est-il ? Quelqu'un semble l'identifier à une table. Tout le monde en rit.
Aucune tension n'est visible. Le syndrome de Cincinnati est exorcisé.
En raccompagnant quelques invités et en répondant à l'un d'eux désireux de prendre la
carte des FLAM pour assister aux travaux du congrès, Ibrahima Sall répond en riant « ce
sera pour le huitième congrès à Nouakchott ». Rendez-vous est pris. Les invités se
dispersent vers 15h, laissant les congressistes mettre en musique la feuille de route
tracée par le président. Les conclusions seront attendues avec impatience. Une page est
entrain d'être tournée.

Abdoulaye DIAGANA pour KASSATAYA

mardi 25 août 2009

Allah a donné. Allah a repris. Béni soit le nom d’Allah !


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Dans le malheur qui nous a frappés cette semaine, nous avons eu des témoignages d’amitié qui nous ont réconfortés et aidés à atténuer la peine. Que tous trouvent à travers ces quelques lignes notre profonde gratitude.
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« Et fais la bonne annonce aux endurants, qui disent, quand un malheur les atteint : « certes nous sommes à Allah, et c’est à lui que nous retournerons » Coran 2 :155, 156.
Bien cher ami,
Voilà partis les derniers visiteurs. Plaie vive, torrent de larmes, cœur dévasté dans la cruelle solitude. J’ai le temps de penser pour essayer de comprendre et encaisser le coup. Allah a donné, Allah a repris. Béni soit le nom d’Allah. On ne devrait pas avoir de projet du tout. On devrait juste agir, faire ce qu’on pense devoir faire et défaire les pièges de l’instantanéité qui nous confine à la procrastination. Depuis au moins cinq ans je prie pour que ce jour ne me trouve pas loin de toi (je le répétais à un ami il y a seulement deux semaines). Il me fallait venir vivre aux moins deux semaines à Kaédi pour percer auprès de toi certains mystères. Exemple : comment peut-on en milieu urbain tenir à vivre avec des animaux au point de ne plus avoir à répondre à ceux que cette compagnie improbable importunait que : « celui qui n’aime pas mes vaches je n’ai rien à lui dire » ou encore : « celui qui n’aime pas les animaux n’a tout simplement pas de cœur » ? Deux anecdotes me mettent sur une piste. Il me faut revenir au début de la décennie 80’. Un de tes veaux se faisait attaquer par un chacal qui lui arrachait un morceau de viande à vif (ainsi vivent les chacals). Alerté, tu rapatriais la victime à la maison, à l’Elevage. Toute la maisonnée fut mobilisée des jours durant au chevet de la pauvre victime. Un jour que tu lui administrais des soins, je t’entendis dire « fais ce que doit, advienne que pourra ». Du haut de mes huit ans, je t’en demandais la signification. Tu te contentas de m’expliquer le sens du proverbe, me laissant deviner que les jours du patient étaient désormais comptés. Allah a donné, Allah a repris. Béni soit le nom d’Allah.
La seconde anecdote vint quelques mois après. Un très joli bélier blanc que tu élevais à la maison et que tu appelais affectueusement par le nom d’un homme politique mauritanien pour qui tu avais le plus grand respect, vint à faire un violent malaise qui nous traumatisa tous. Tu mis toute la bonne volonté que nous te connaissions à le sauver. Au bout de quelques longues minutes je t’entendis, la voix enrouée et les yeux embués, demander à mon jeune frère d’aller appeler quelqu’un. Toi le vétérinaire, appeler au secours au sujet d’un mouton agonisant ? La chose devait être bien mal engagée pour le pauvre bélier ! Tu prenais un couteau et tournais autour. Tu n’eus jamais le courage de lui trancher la gorge. Voici : nous ne mangeâmes de cette viande ce jour-là que parce que quelqu’un d’autre était venu faire la seule chose qu’il y avait à faire à cet instant précis. Tu avais faibli et manqué de courage. Elégante lâcheté ! Que disais-tu déjà ? Celui qui n’aime pas les animaux n’a pas de cœur et doit compléter sa foi en Allah. Allah a donné, Allah a repris. Béni soit le nom d’Allah.
Second mystère que je désirais percer : comment faisais-tu pour discuter (qu’est-ce que tu étais prolixe !) le matin après le petit déjeuner de l’islam en faisant l’exégèse de certains passages, revenant sur le sabab nouzoul, parlant de Figh ou de Sira et enchaîner le soir pendant et juste après le diner sur Mahmoud Kati, Sainte-Beuve, le Romantisme, les Parnassiens, Corneille, Fanon, Sophocle, Descartes, Al Hajaj, Ibn Sina, Theucidide ou Epicure ? Comment pouvais-tu discuter avec autant de simplicité et d’ouverture d’esprit, sans aucune censure ni tabou avec tes enfants comme s’il s’agissait de tes camarades de classe (nous avons gardé ensemble moutons et vaches mais cela suffit-il comme explication ?) pour n’interrompre le débat que pour aller diriger la prière dans une moquée de la Jedida ? Quel était ton secret pour attirer tous ces jeunes qui discutent et rigolent avec toi comme dans une cour de récréation ? Allah a donné, Allah a repris. Béni soit le nom d’Allah.
La dernière fois que je t’ai vu, il y a deux ans, nous avons beaucoup échangé au sujet de la Sourate Luqman. « Ô mon enfant, accomplis la Salat, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute circonstance » (Coran 31 :17). Tu prêchais et vivais la simplicité et l’humilité mais à un point ! (en même temps si tu n’exécrais pas au plus haut point le matériel, nous n’aurions jamais profité de ces jolis boubous, caftans, montres et parfums que tu renvoyais au fond de l’armoire et qui faisaient notre bonheur). Luqman enseignant à son fils : « Et ne détourne pas ton visage des hommes et ne foule pas la terre avec arrogance : car Allah n’aime pas le présomptueux plein de gloriole. Sois modeste dans ta démarche et baisse ta voix, car la plus détestée des voix c’est bien la voix des ânes » (Coran 31 : 18, 19).
Le voisin est sacré au point que fut posée la question de son droit à l’héritage. Recherche son pardon ne serait-ce que par l’odeur de ta cuisine : t’es-tu renseigné pour savoir s’il a de quoi diner ? L’objet sur lequel on trébuche (un caillou, une branche, une boite de conserve vide…) doit être ramassé et mis hors d’état de nuire. C’est une différence de taille entre l’humain et l’animal. Ne jamais, jamais, jamais porter la main sur une femme. Jamais. « Mon père ne battait pas les femmes, je ne le fais pas et je vous demande de ne pas le faire. » L’ami ! Toutes ces discussions me manqueront certainement. Après ça, on ne porte plus le même regard sur la vie.
A quoi as-tu pensé en dernier ? A tes élèves de l’école coranique ? Au séminaire de formation des imams que tu préparais dans la ferveur ? Aux travaux de réhabilitation de la mosquée ? A ta rencontre avec ton Seigneur (qu’Il soit satisfait de toi)?
« Nul ne sait ce qu’il acquerra demain et nul ne sait dans quelle terre il mourra » (Coran 31 :34). Tu es parti au moment où on s’y attendait le moins, après avoir accomplis ta prière. On ne s’y attendait pas parce qu’à même pas soixante-dix ans on pensait pouvoir profiter encore de toi quelques années d’autant que nous ne te connaissions pas de maladie grave. Mais la dessus nous n’avions aucune garantie ni promesse d’Allah. « Ô âme apaisée ! Retourne vers ton Seigneur, satisfaite, agréée ; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis » (Coran 90 :27, 28, 29, 30). Allah a donné, Allah a repris. Béni soit le nom d’Allah.
Pour ne pas ennuyer le lecteur, je n’ai parlé que de l’ami que tu as surtout été avant tout pour nous. Quant au père, il me faudra un éditeur.
Abdoulaye Diagana

dimanche 9 août 2009

Puisqu’il faut enfin se mettre au travail !


Puisqu’il faut sauver ce qui reste des institutions et que la rue n’arbitrera de toutes les façons pas le second tour, puisque les chances de voir le nouveau président de la république accéder à la demande de l’opposition sont proches de zéro (et c’est dommage), puisque tant d’éléments se déchainent et se liguent contre le volontarisme (réel ou supposé) de notre élite politique, la carte la plus probable reste celle de « la politique de ses moyens » qui confine à ce « réalisme » qui, en d’autres circonstances, ouvre la porte à tous les possibles et à tous les écarts. A moins de proclamer comme il y a quarante ans sous les barricades « soyons réalistes, demandons l’impossible ! », l’heure devra être au travail. Quelle que soit l’amertume de ceux qui ont pensé que le vainqueur de l’élection n’est pas celui qui était attendu ou encore que les conditions de ladite élection n’étaient pas idéales, il y a une réalité dont il faut s’accommoder et au plus vite : il y a bien une vie (politique) en dehors de la Présidence de la République (et de la rue publique). Quand Demba Sadio, Doubale Less et les grands lutteurs qui ont fait le bonheur des férus de ce noble sport se préparaient au combat, c’était toute une mécanique qui se mettait en branle. Traditionnalistes, griots, marabouts, féticheurs, musiciens, chanteurs, aficionados…tous étaient de la partie pour que la fête soit belle. Ne descendaient dans le dingiral (bera en soninké : arène) que les champions. Au nom de cette organisation du travail et de la nécessaire répartition des taches, tout le monde doit être au poste pour enfin qu’on s’attaque aux immenses travaux en souffrance.
L’opposition peut se renforcer et jouer ce rôle de vigie alertant les citoyens sur les implications des politiques initiées par la majorité. Elle doit tirer les enseignements de ses échecs (somme toute relatifs) et se demander si le jeu démocratique doit se limiter à la participation aux élections. L’encadrement des militants, l’instruction civique et politique en vue de faire comprendre le sens du vote et le rôle du citoyen dans la cité, l’implication de l’électeur dans le jeu politique en lui donnant comme contrepartie le pouvoir de contrôler l’action publique (on peut commencer par le local à travers les municipalités par exemple) et en rendant systématique le compte-rendu de mandat, l’écoute des populations et la prise en compte de leurs craintes, de leurs interrogations, de leurs doutes et aspirations…ce sont-là autant de pistes de réflexion pour se prémunir de certains travers et déconvenues (achats de conscience, nomadisme…) ou tout au moins, en limiter les méfaits.
La majorité doit donner acte de ce que l’opposition a reconnu (plus exactement « a pris acte »), sur le plan juridique, les résultats proclamés par le Conseil Constitutionnel. Mais la majorité doit aussi intégrer le fait que cette même opposition tient pour entière la crise politique que l’élection présidentielle était supposée définitivement résorber. En conséquence, le reconnu « juridiquement » vainqueur (plus prosaïquement, le Président de la République) doit clore la phase de la campagne et gouverner dans l’apaisement, c’est-à-dire loin de l’état d’esprit qui a animé le processus de conquête du pouvoir. A moins de vouloir ramener le pays à une situation caractérisée par le monolithisme politique et la chasse aux sorcières de l’opposition, la majorité doit éviter de faire payer leur choix à ses adversaires politiques en les livrant à la vindicte et en se barricadant derrière l’ostracisme et la stigmatisation.
Que « ceux qui ne savent pas faire autre chose qu’écrire et penser» -nul n’est parfait- (avec leurs limites et leurs modestes moyens), enrichissent le débat en s’inspirant de l’agriculteur qui a les pieds dans la boue tout en scrutant l’horizon pour en déchiffrer les moindres signaux. Parce qu’avant de réclamer la démocratie et l’ETAT moderne (westphalien), il nous faut aussi nous entendre sur le contenu que nous leur donnons. Faire l’économie du débat sur ces fondamentaux ouvre la voie aux malentendus.
La Société Civile (par la défense des opinions des plus vulnérables), les opérateurs économiques (en ne faisant pas du profit le point d’où tout doit partir et où tout doit revenir) tous en se faisant citoyens s’acquittant de nos devoirs tout en ne réclamant que ce qui nous est dû, les agents au service de l’Etat en se mettant au service de tous et non de leurs seuls ambitions et intérêts, les forces de défense et de sécurité en se consacrant (enfin) à la mission qui est la leur et en abandonnant la politique aux politiques au moment où notre pays inaugure les attentats-kamikazes (l’horreur a-t-elle élu domicile chez nous ?) nous avons tous un rôle primordial à jouer afin que la chose publique soit réhabilitée et que la communauté de destin nous conduise à donner toutes ses chances à ce projet que nous nourrissons pour notre Mauritanie : un pays qui protège tous ses fils et qui subvient aux besoins de chacun dans la mesure du possible sans discrimination aucune et qui inspire le respect sur la scène internationale.

Abdoulaye DIAGANA
www.kassataya.com
www.souslatente.blogspot.com

dimanche 2 août 2009

Élection présidentielle, la rue n’arbitrera pas le deuxième tour.


Note : Aux esprits simples, aux simples d’esprits avides de vérités simples : vous n’êtes pas obligés de chercher en vain à décrypter des textes d’analyse politique. Vous pouvez aller faire autre chose si vous saviez ! Cette plume est celle d’un homme libre, qui n’est ni soumis aux chapelles ni prompt à céder à l’embrigadement. Si manger à tous les râteliers m’intéressait, je serais devenu obèse depuis très longtemps.

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Le FNDD et le RFD (et selon toute vraisemblance, le candidat Ely Ould Mohamed Vall) vont donc poursuivre leur alliance pour faire la lumière sur le scrutin du 18 juillet 2009 dont le déroulement souffre d’un fort soupçon de fraude. S’ils avaient fait le choix inverse, ainsi que nous l’écrivions hier, ils n’auraient pas perdu la face. Maintenant qu’ils se disent prêts à accepter les résultats à la condition qu’une enquête indépendante dissipe les doutes, nul ne peut raisonnablement leur en tenir rigueur. Au justiciable qui réclame justice on ne peut opposer l’accusation de l’extrémisme en même temps qu’on se montre indulgent avec l’auteur présumé du délit. Cette opposition-là n’a pas choisi la facilité. Elle adopte cette posture au moment même où l’essentiel des partenaires de la Mauritanie se sont empressés de féliciter le déclaré vainqueur dès le résultat proclamé par « les sages » du Conseil Constitutionnel. Elle sait qu’elle joue gros : il lui faut mobiliser l’opinion nationale pour un combat décisif dont l’issue et la longueur seront fonction du rapport des forces en présence. Pas gagné. Le fer a refroidi.

Pour le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz qui a enfourché sa rossinante pour lutter contre la gabegie et la prévarication (pour les esprits malins qui ne l’ont pas compris quand j’utilisais l’expression « chevalier blanc », je n’ai rien contre la satire et le second degré) il y a là une belle occasion de joindre le geste à la parole : il se doit, lui le premier, au nom de ce combat dont il se veut le champion (encore une fois c’est lui qui le prétend, mais là ce n’est plus de l’analyse, ça devient une explication de texte), exiger que soit levée toute suspicion sur les conditions de son élection. Parce que voler une élection n’est pas moins grave que voler le budget d’un projet ou d’un service, nous avons besoin de savoir s’il a lui-même franchi les étapes sans malversation…électorale. Il lui sera très difficile d’être crédible quand il n’a pu se montrer rigoureux et juste en refusant de s’appliquer ce qu’il veut appliquer à autrui. Pour un mauvais départ c’en est un. Mais entre nous, vu le calme de la « rue », il est très peu probable qu’il accède à cette demande.

Quant à la Mauritanie, elle retient son souffle et pense sans doute à ce qu’elle a pu gagner en troquant une élection saluée par tous il y a juste deux ans pour une largement contestée par les plus représentatives des forces d’opposition. Pour mettre tout le monde d’accord et éviter à un pays exsangue les affres de la contestation et de l’instabilité politiques, qu’on ouvre donc cette enquête pour que tout le monde puisse passer sereinement à autre chose. Il n’y a rien de telles que la rumeur et la suspicion pour jeter le discrédit sur nos institutions qu’il faut préserver et renforcer. Après tout, à quoi s’expose le pays en accédant à la demande des plaignants ? A pas grand-chose en vérité. Première hypothèse, les accusations ne sont pas étayées par des preuves formelles et irréfutables. Le déclaré vainqueur gagne en légitimité et les déclarés vaincus le félicitent comme ils semblent y être disposés et tout le monde le juge à l’œuvre et à l’ouvrage. Deuxième hypothèse, les accusations étaient fondées. Peut-on imaginer l’invalidation du scrutin et l’organisation de nouvelles élections ? Ou aura-t-on tout au plus un Gouvernement d’Union Nationale comme au Kenya ou au Zimbabwe? Au regard de l’importance de l’enjeu, il est plus que nécessaire de dissiper cet épais brouillard en accédant à la demande des plaignants, d’autant qu’en face on dit ne rien à se reprocher. Faut-il rappeler que les raisons invoquées, entre autres, pour justifier le coup d’Etat du 6 août étaient que le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi faisait obstruction et refusait l’ouverture d’une enquête sur le financement de la fondation de son épouse ? Et les accusateurs refuseraient l’ouverture d’une enquête sur un scrutin majeur ? Quand on vous dit qu’il y a une ironie dont seule l’histoire détient le secret !

Salut

Abdoulaye DIAGANA

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