dimanche 10 août 2008

MAURITANIE:RETOUR AU PIRE

Cette semaine, je vous soumet la chronique d'une belle plume de la presse du continent. Elle résume avec des mots que je ne saurais trouver la situation de la Mauritanie. Jugez-en vous mêmes.

Mauritanie : Retour au pire(rfi)

Jean-Baptiste Placca (


Nous serions-nous trop vite empressés de couvrir de compliments l’armée mauritanienne ? On la croyait devenue républicaine, la voilà qui nous revient, plus putschiste que jamais. On lui avait donné l’absolution pour le discrédit que lui valait son goût immodéré pour la torture, elle resurgit sous son profil le plus répressif, en bombardant de gaz lacrymogène ceux qui osent protester contre son putsch.

Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a mis fin, ce mercredi 6 août, à l’expérience démocratique qui a réhabilité, depuis mars 2007, la Mauritanie et son armée aux yeux du monde, faisant la fierté d’une Afrique francophone plutôt sevrée d’élections réellement transparentes.
« Il se prenait pour un vrai président ! Il a oublié qu’il n’était qu’un homme de paille ! ». Voilà l’aveu que font, en privé, les putschistes mauritaniens et leurs amis, pour justifier leur coup d’Etat.
Certes, beaucoup soupçonnaient le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi, mystérieusement sorti des bérets militaires durant la transition, d’être en mission commandée. Dans leur manipulation, les officiers supérieurs l’ont utilisé pour barrer la route aux opposants les plus en vue. Et, comble de la perversité, ils l’ont choisi à un âge suffisamment avancé, 70 ans, pour qu’il ne puisse pas prétendre à un second mandat. D’ici là, Abdallahi se devait d’être obéissant.
Mais, comme souvent dans ce genre de supercherie, le président prête-nom en a eu assez de se laisser dicter ses décisions. Il s’est mis à en faire à sa tête, à choisir des ministres sans l’autorisation préalable des officiers supérieures. Pour finir, il a décidé, suicidaire audace, de destituer ceux qui osaient lui demander des comptes. Bref, il s’est pris pour un vrai président.
Les généraux mauritaniens se sont donc trompés sur leur homme. Une telle erreur de jugement laisse perplexe, quant à leur propre capacité à faire des choix judicieux pour leur peuple. Sans compter le ridicule qui consiste à promettre des élections libres et démocratiques, quinze mois à peine après une présidentielle dont même le vaincu n’a pas contesté la transparence.
Le propre de la démocratie, lorsque l’on s’est trompé en faisant un mauvais choix, est d’assumer, jusqu’à la fin du mandat, s’il n’y a pas matière à destitution.
Le général Ould Abel Aziz ne manque manifestement pas d’humour. Il affirme être le défenseur de la démocratie. Et pour bien le prouver, il fait donner la charge sur les manifestants protestant contre son coup d’Etat, tandis que lui-même recevait officiellement ceux qui, sur commande, sont descendus dans la rue pour soutenir sa forfaiture.
C’est en voyant, à l’œuvre, des généraux comme ceux qui font la loi à Nouakchott, que l’on réalise la chance qu’ont eue, en d’autres temps, les Ghanéens, avec Jerry Rawlings, et les Maliens, avec Amadou Toumani Touré. De vrais hommes d’honneur !

par Jean-Baptiste Placca

vendredi 8 août 2008

L’HEURE DE AHMED OULD DADDAH

Chers bloggeurs,

Les aléas de la vie m'ont éloigné de l'actualité et de l'activité cybernétique.
Je reviens vers vous en ces temps troubles pour vous livrer ma dernière réflexion.

Bonne lecture.

Les grands événements révèlent les grands hommes. Le chef de file de l’opposition statutaire a incarné pendant de longues années l’opposition tout court, expérimentant vexations, humiliations et brimades. Plus que tout autre, il sait quel prix payer pour accéder au club fermé des pays jouissant du privilège de désigner librement et démocratiquement leurs représentants. C’est donc tout naturellement que les regards se tournent vers lui quand l’avenir de la nation est tout entier hypothéqué par la gravité des moments que vit notre chère Mauritanie. L’élégance, la hauteur, le sens de l’Histoire et de l’Etat se liguent pour lui commander de monter au rostre et de sauver ce qui est plus grand que lui et que tous : la pérennité des institutions de la Mauritanie éternelle. Cet idéal va au-delà de la personne de son adversaire de naguère, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, président élu de la République Islamique de Mauritanie. Le combat n’est pas de défendre un homme, car le destin politique de Sidi Ould Cheikh Abdallahi compte si peu devant l’importance des enjeux. Il y a peu, j’évoquais l’attitude de Boris ELTSINE dans des circonstances quasi identiques (http://souslatente.blogspot.com/2008/07/allende-et-pinochetgorbatchev-et.html): une animosité profonde caractérisait les relations entre ELTSINE, président de la Fédération de Russie et GORBATCHEV Secrétaire Général du Comité Central du Parti Communiste, Président de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Pourtant, lorsque le second fut renversé et exilé en Crimée lors du putsch de Moscou en 1991, c’est bien son ennemi juré qui volera au secours…de la démocratie en rétablissant l’ordre constitutionnel, sans pour autant oublier son combat et ses objectifs. Quand le destin de la Nation est engagé, il faut savoir taire les ambitions personnelles. Et le peuple saura s’en souvenir.
Sidi Ould Cheikh Abdallahi porte certes une responsabilité importante dans le sort qui a finalement été réservé à notre démocratie, mais son interpellation ne pouvait-elle vraiment pas se dérouler dans le cadre défini par la constitution ? Il est peut être coupable. Admettons. Le seul combat à mener était alors de le contraindre à répondre de ses fautes devant les mécanismes constitutionnels : une haute cour de justice à lui imposer au besoin. Et si sa culpabilité est mise en évidence, on eut pu le démettre et laisser le président du Sénat assurer l’intérim le temps d’organiser de nouvelles élections. La procédure en eut gagné en clarté et en propreté et c’est le combat qui aurait dû être celui du leader de l’opposition. S’il croit vraiment aux règles du jeu démocratique, il se doit de défendre l’ordre constitutionnel ; et qu’il ne se berce pas d’illusions. La vie est impitoyable avec les rêveurs et le réveil risque d’être douloureux. Pourquoi ceux qui ont renversé Sidi après l’avoir fait roi épargneront-ils un autre qu’ils auront placé sur le capot de leur Jeep jusqu’au palais présidentiel ? C’est l’heure des choix : ou notre démocratie devient et demeure l’expression et le respect du choix souverain du peuple, à défendre au besoin par tous et par tous les moyens (si l’armée doit jouer un rôle dans la politique, puisqu’il ne peut en être autrement, ce doit être celui-là et celui-là seul) ou elle se place définitivement sous la tutelle de la caserne. Au garde-à-vous et en rangs serrés.

Abdoulaye DIAGANA
France
www.souslatente.blogspot.com
abdouldiagana@yahoo.fr

vendredi 1 août 2008

Sidi et les quarante…Quand naissent le doute et la confusion…

En décidant d’opposer une fin de non recevoir à la requête des parlementaires en vue de convoquer une session extraordinaire de l’assemblée nationale, l’exécutif mauritanien commet une faute dont le prix risque d’être très élevé. Le doute et la plus grande confusion règnent dans l’esprit des mauritaniens qui commencent à se dire que si on met autant de cœur à retarder la manifestation de la vérité sur la gestion de la fondation KB c’est que finalement il y’aurait des choses pas très propres qu’on ne voudrait pas voir sur la place publique. Il y a donc loin de la promesse du président de la république se disant prêt et heureux de voir naître une commission d’enquête à l’énergie déployée à torpiller l’action de l’assemblée nationale. La confiance s’accommode très mal de l’opacité. Et le président aurait tort de lier son sort à celui d’une tierce personne, fut-ce la présidente de la fondation KB. Opinons. Quel homme politique fut plus grand que Nelson Madiba Mandela ? Quelle femme politique milita plus farouchement, plus activement et plus sincèrement que Winnie MANDELA ? Pourtant quand la justice interpella la pasionaria de la lutte antiapartheid et épouse de l’icône aucune obstruction ne fut tentée par Mandela. Lui à qui on devait presque tout acceptait que sa femme fut face à la justice comme tout autre justiciable ordinaire. Il la soutint tout le long du procès malgré les épreuves et leur cruauté. L’image et la stature du combattant furent renforcées par l’épreuve. Et l’épouse du président mauritanien serait intouchable ? Voyons ! Dans ce genre de situation, nous eussions pu attendre du président de la république dont la position est dejà si peu confortable, autre chose qu’un juridisme sourcilleux qui s’apparente à une manœuvre dilatoire. D’autant que l’opération est contreproductive. Dans l’histoire c’est bien le président qui passe pour celui qui ne veut pas de la manifestation de la vérité : c’est un désastre politique provoqué probablement par le jusqu’au-boutisme de ses conseillers. Mais les conseillers, on le sait, ne sont pas les payeurs. Qu’il aide à la manifestation de la vérité et le peuple lui en donnera acte. Au besoin, nous édifierons un bouclier sanitaire et une ceinture de sécurité autour de son statut, de sa personne et de l’institution qu’il incarne s’il s’est acquitté, sans trahir, de la mission que lui a confié le peuple. De toutes les façons, une éventuelle culpabilité de son épouse n’engagera pas nécessairement la responsabilité du président sauf s’il s’est fait complice d’actes répréhensibles. Le cas échéant, qu’il en réponde devant les juridictions compétentes dans le cadre fixé par la constitution et que sa succession soit organisée de même, sans que quiconque attente aux lois de la République à travers un putsch déguisé.
Quant aux frondeurs, ils gagneraient à rendre lisible leur action et clarifier leurs motivations. Si nous connaissons (de réputation) le Mohsen ould Elhadj opposant irréductible vivant à la lisière du dénuement pour rester en accord avec ses convictions sous la dictature de ould Taya et si nous connaissons (de réputation) le Me Ould Maham défenseur des persécutés sous le même dictateur (il a notamment défendu notre ami militant invétéré des droits de l’hommes, El Hacen ould Lebatt, le bon), nous avons plus de difficultés à les voir mener une fronde au nom de la transparence et du droit aux côtés de certains de leurs compagnons d’aujourd’hui. Nous aurions été plus rassurés et moins suspicieux si certains noms n’apparaissaient sur leur liste. En tout état de cause, nous attendons qu’ils nous montrent qu’ils ont de la suite dans les idées en auditant toutes les structures dont la gestion a été décriée ; y compris et surtout quand elles étaient confiées à leurs amis d’aujourd’hui. Le pauvre citoyen a besoin de savoir à quoi riment toutes ces gesticulations et s’il n’est pas sur le point de passer pour le dindon de la farce. Les routes de l’enfer sont pavées de bonnes intentions. Nous ne croirons que sur pièce.

Abdoulaye DIAGANA
France.
abdouldiagana@yahoo.fr
www.souslatente.blospot.com

lundi 28 juillet 2008

Allende et Pinochet/Gorbatchev et Eltsine/Sidi, Ahmed et les autres.

Nous nous sommes couchés ce 19 avril 2007 avec le sentiment d’avoir enfin accédé au club des pays pouvant se vanter de choisir librement des représentants assumant la lourde charge de veiller sur leurs intérêts. Disposer d’institutions républicaines fonctionnant en toute indépendance dans le cadre fixé par la constitution était un idéal largement à notre portée. Las. Nous assistons passivement à une entreprise de démantèlement des acquis démocratiques sans même que nous puissions esquisser la moindre résistance ni la moindre désapprobation. Jouir du pouvoir -consacré par la constitution- de choisir librement nos dirigeants n’aura pas suffit à faire de nous des citoyens libérés des contingences de la peur. Nous peinons à admettre que le temps où « l’élite » ou le prince dictait le candidat pour lequel il faut voter -parce que recueillant sa bénédiction- doit être révolu, mort et définitivement enterré. Les enjeux du bras de fer qui plonge le pays dans l’immobilisme et l’incertitude vont largement, très largement au-delà de la personne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ces étincelles sont le prélude d’un conflit autrement plus décisif, plus grave : de ces convulsions naîtront les contours de la démocratie mauritanienne avec deux variantes :
-Des institutions fonctionnant dans le cadre des règles établies par la constitution votée par la majorité des mauritaniens ;
-Une démocratie sous la tutelle de l’armée.
Les politiciens amateurs d’aventures, de sensations fortes ou simples alchimistes auraient tort de se féliciter de l’affaiblissement de la démocratie et de l’institution présidentielle en cherchant à en tirer quelque profit. Ils n’en jouiront pas longtemps. Car, en vérité, il s’agira d’un très grave précédent dont notre démocratie ne se relèvera pas. Si les institutions et la démocratie venaient à capituler cette fois, qu’est-ce éviterait plus tard de faire de l’événement une jurisprudence ? Au-delà de la personne et du sort de Sidi Ould Cheikh Abdallahi (qui ne comptent pas plus que leurs poids) c’est le sort de l’institution présidentielle qui est en jeu. Devant la reddition d’un président qui n’arrive pas à emporter l’adhésion populaire faute de se pencher sérieusement et efficacement sur l’amélioration des conditions de vie et de se rapprocher du peuple, celui-ci s’est aplati et compte les points. Ce qui reste des troupes, les républicains et les démocrates ont quitté le navire. De vedettes africaines nous sommes sur le point de passer pour la risée du continent parce que nous avons déserté notre idéal, incapables que nous avons été de préserver et de consolider une démocratie à transmettre aux générations futures. Nous suivons impavides les événements et attendons le dénouement comme si nous avions décidé de nous suicider joyeusement. Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a pas su parler au peuple pour lui rendre compte des difficultés qu’il éprouve à protéger la constitution et le mandat qui lui a été confié. Comment ne pas penser à Salvador Allende, impitoyablement acculé par l’armée chilienne, disant à la foule venue l’acclamer et lui témoigner soutien et fidélité : « Je tiendrai mes engagements comme un président qui connaît la dignité de la charge que lui a remise le peuple après des élections libres et démocratiques » ? Notre président a lui littéralement dilapidé le capital confiance et sympathie que le peuple avait placé en lui. Qu’il se pose juste une question : s’il venait à quitter le pouvoir, qui se sentirait orphelin ? Autrement dit, de qui le président est-il le protecteur au point de s’attendre à un retour sur investissement ? Allende n’a pas conservé son pouvoir on le sait car il s’est suicidé au moment où les chars lançaient l’assaut sur la Moneda, le siège de la présidence chilienne ; mais il est resté dans l’histoire pour avoir offert sa vie pour la démocratie, les pauvres, les travailleurs. «Je ne reculerai pas d’un pas… Je ne quitterai la Moneda que lorsque j’aurai accompli la tâche que le peuple m’a donnée. Je n’ai pas d’autre choix. C’est seulement en me criblant de balles que l’on pourra m’interdire de mettre en œuvre le programme du peuple » avait-il averti . Symbole d’une révolution socialiste réussissant le tour de force de s’imposer par la voie des urnes, l’homme était l’incarnation de l’utopie d’une vie plus libre et plus juste, en ce sens qu’il se préoccupait avant tout (i) de l’égalité et (ii) de la condition des travailleurs et des pauvres avec pour slogan du pain, un toit, un travail et plus d’égalité sociale. Mais comme tout héros, il avait devant lui des obstacles infranchissables parmi lesquels l’hostilité de la bourgeoisie militaro-industrielle, incarnée par Augusto Pinochet et agrippée à des privilèges dont elle n’entendait pas se laisser délester sans livrer combat. Même dans ce chaos propice où la trahison se faisait religion, des hommes ont gardé la tête haute en refusant d’entériner le complot. L’histoire se souviendra du Général Alfredo Bachelet (père de Michelle Bachelet actuelle présidente du Chili) et du Général René Schneider sacrifié par les félons pour avoir inspiré une doctrine qui voulait que l’armée s’assignat comme mission de veiller à ce que les institutions du pays fonctionnent régulièrement, avec un pouvoir politique respectueux de la légalité constitutionnelle, tout en s’interdisant strictement toute manipulation tendant à renverser le vote populaire, action qu’il assimilait à un acte de haute trahison (de quoi inspirer notre armée.) Le peuple qui se sentait en confiance et se savait représenté pouvait suivre son président. Parce que « quand un peuple est conscient des buts à atteindre, il fait des sacrifices » et le président avait d’incontestables atouts de son côté : la morale, la rectitude, la probité. A l’inverse, dans l’entourage du président mauritanien, il y a des hommes dont la rectitude souffre au moins de suspicions (faisons dans l’euphémisme) et il tarde à faire la lumière sur le fonctionnement de la fondation de son épouse. C’est assez pour que de nombreux compatriotes soucieux de préserver les acquis démocratiques s’abstiennent de lui prêter main forte dans ces conditions. Il ne viendra à l’esprit d’aucun humain de demander au président mauritanien une sortie à l’image du chilien, mais il pourrait au moins tenter de sauver ce que le peuple lui a confié : le pouvoir de protéger la République et ses institutions. Pinochet finira comme un fugitif cloué au pilori avec à ses trousses les juges du monde entier, l’ignominie et l’opprobre. Allende finira au panthéon des justes avec des monuments, des statues et des rues à sa gloire. On a le sens de l’Histoire ou on ne l’a pas. C’est ainsi.
En Mauritanie, dans le naufrage collectif, l’opposition ne s’en tire pas mieux. Son leader, Ahmed Ould Daddah, se berce d’illusions s’il croit pouvoir tirer profit de l’effondrement de l’édifice démocratique en recherchant en priorité le soutien des militaires. « La vie est impitoyable avec les rêveurs ». Ils le mettront aussi sous tutelle si jamais il parvenait au pouvoir juché sur le capot de leur jeep. Devant tant de menaces et d’incertitudes, il lui eut été plus honorable et élégant de défendre la démocratie et l’institution présidentielle au nom d’un idéal qui va au-delà de la personne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et des calculs politiciens ajustés aux agendas des uns des autres : l’intérêt inaliénable de la Mauritanie éternelle. Parce qu’il ne peut y avoir de compromis sur des principes. Des cités et des empires mieux structurés et plus puissants que notre Mauritanie se sont effondrés sans laisser de traces. Rome a commencé son déclin quand les romains se mirent à bafouer les règles qui régissaient la vie de la Cité. Qu’il médite donc l’exemple de Gorbatchev et de Eltsine, ennemis jurés s’il en était. Le premier s’accrochait avec l’énergie du désespoir à un empire décadent que le second s’employait à achever avec la dernière énergie. Pourtant, quand le 19 août 1991 des putschistes s’emparent du pouvoir c’est Boris Eltsine qui se hisse sur un char pour appeler à une résistance qui devait mettre un terme à la rébellion contre les institutions. Il entra alors dans l’Histoire par la grande porte comme le symbole qui se dressa devant les usurpateurs en treillis militaires, oubliant un instant ses divergences avec Gorbatchev. Il finira par se faire élire président de la Fédération de Russie. On a le sens de l’Etat ou on ne l’a pas. C’est ainsi.

mardi 22 juillet 2008

Fondation KB et autres dilapidations de biens publics : l’heure de vérité.

Puisque tant de voix se sont liguées contre l’espoir, le devoir intime à ceux qui détiennent une once d’influence sur le cours de l’histoire –le destin devrais-je dire- l’ordre de voler au secours de ce qui reste de la République et de la Démocratie.
Deux mois durant la vie de tout un pays s’est arrêtée, suspendue à une fronde redoutable menée par une coalition déterminée à laquelle aucune arme n’aura fait défaut, de la menace de dissolution du parlement au recours à l’armée en passant par une commission d’enquête sur le Sénat. Mais ce qui a surtout traîné l’honneur du président de république dans la boue et qui l’a incontestablement secoué c’est la grave suspicion jetée sur la Fondation de la première dame. La constitution d’un gouvernement de compromis entre les protagonistes ne suffit à dissiper le malaise et l’esprit bien constitué ne pourra comprendre que les poursuites s’éteignent comme elles sont nées car trop grands sont les enjeux.
D’abord le devoir d’informer les citoyens sur la façon dont leurs affaires sont administrées. La gouvernance s’accommode très mal de l’opacité. Le président de la république en a facilité la tâche en annonçant qu’il serait très heureux que la lumière se fasse sur les comptes d’une fondation qui n’aurait reçu aucun centime d’argent public.
Ensuite, le président lui-même en ce sens qu’il a besoin de se défaire de l’emprise d’une rumeur dont il sera l’otage tant que la vérité ne se sera pas manifestée. C’est sa souveraineté, son indépendance et sa liberté qu’il joue. Comment entend-il présider librement s’il reste à la merci d’un chantage qui risque fort bien de lui être resservi à la moindre tentative d’émancipation ? La meilleure façon de priver un maître chanteur de son argument c’est d’ouvrir vos comptes et rendre public le secret par lequel il pensait vous tenir. Sidi en a besoin pour pouvoir jouir des égards dus à son statut, à ses fonctions et à sa personne.
Enfin, les élus frondeurs. Ils se sont égosillés des semaines durant, essayant de nous vendre l’argument de la mise en péril des intérêts du pays. Ils ne peuvent s’arrêter en si bon chemin.
Toutefois, les comptes ne seront justes que si l’exercice était appliqué à tous les secteurs, toutes les entreprises, toutes les entités dont la gestion a suscité au moins quelques interrogations. Il serait injuste de n’incriminer qu’une Fondation née il y a à peine une année alors que des braqueurs notoires hantent nos rues, les couloirs et les bureaux de la haute administration. Des scandales ont émaillé la vie de notre pays et la lumière gagnerait à se faire. Et si c’est bien pour la Fondation KB, ça doit certainement l’être pour la SOMELEC, la BCM, le CSA, la SMCPP, l’armée nationale y compris quand certains de ses officiers supérieurs se livraient à des actes de barbarie à Inal, Jreida, Azlatt, Sori malé…avant d’aller se réfugier sous le toit de l’assemblée nationale pour y mener une fronde demandant justement plus de lumière (le comble !).
Il faudra également que nous connaissions enfin la vérité sur cette affaire de la drogue dont plus personne n’entend parler comme par miracle ; que nous fassions la lumière sur les connexions avec certains milieux hauts placés et les complicités sans lesquelles les trafiquants n’auraient certainement pas pu agir avec autant de facilité.
La Mauritanie est quand même un pays extraordinaire : on trouve des fautes mais jamais de fautifs, coupables, condamnés ; pas plus qu’on n’ouvre de procès. On prononce des discours où l’on reconnaît courageusement que des mauritaniens ont été victimes de la barbarie et injustement déportés, on va même les chercher mais on ne cherche pas à savoir qui sont les responsables de leur odyssée infernale ? Comment ils ont opéré ? Pourquoi ? On avance que les biens publics ont été dilapidés mais personne n’est sanctionné, fut-ce symboliquement.
Il n’est pas question de choisir un camp si ce n’est celui de la manifestation de la vérité. Nous sommes trop jaloux de notre indépendance pour nous soumettre aux automatismes de la logique partisane. Nous avons besoin de savoir si toute cette agitation est fondée ou s’il s’agit juste de poudre –cocaïne ou non- aux yeux. Un citoyen ça ne sert pas qu’à voter pour rendre crédible un scrutin à vendre à la consommation internationale. Il a besoin aussi de savoir où veulent le conduire ceux à qui il a confié le soin de représenter ses intérêts et ceux qui se sont proclamés, sans demander son avis, garants de ses droits. C’est donc l’heure de vérité, pour le président, son épouse mais aussi pour les frondeurs qui peuvent donner l’exemple à travers la responsabilité qui est celle de certains de leurs compagnons -et non des moindres- dans la gestion des affaires publiques pendant la dictature. Mehr licht, disait Goethe ; plus de lumière donc.

samedi 19 juillet 2008

LES FIGURES DE LA DICTATURE : QU’ON LES BLANCHISSE OU QU’ON LES BANISSE !

LES FIGURES DE LA DICTATURE : QU’ON LES BLANCHISSE OU QU’ON LES BANNISSE !

Est-il seulement raisonnable que des hommes politiques soient interdits de charges publiques alors même que leur culpabilité n’a jamais été formellement établie ? Autrement est-il acceptable de jeter l’anathème sur des acteurs politiques sur la seule base de la suspicion et de la rumeur ? Des esprits avides de vérités simples et qui ne souffrent pas les complexités de la nuance ont vite fait de penser que c’est faire dans la provocation que de poser de telles questions parce que hay gooto soussa wiidé Jaanga ko reedu (en pular, nul n’ose dire que mlle Jaanga est enceinte). Il leur faut des positions simples, tranchées, Contre ou Pour et réclamer des têtes tout de suite, sans autre forme de procès. C’eut été une posture confortable, très peu coûteuse et politiquement rentable parce que populaire, populiste. Or, nous avons beau dresser la liste des méfaits du régime de Ould Taya, rappeler que des abus, des crimes ont été commis (et pas seulement politiques ou humanitaires. Massacrer cruellement des noirs et en déporter d’autres du seul fait de la couleur de leur peau n’a pas été le seul crime de ce régime), des biens dilapidés, affirmer avec forces détails que des individus ont profité d’avantages indus, que des entreprises publiques ont été littéralement vandalisées, que des projets ont été cannibalisés…il n’en demeure pas moins que nul n’a à ce jour été convaincu du moindre crime, du moindre délit. Tout se passe comme si on se suffisait de diluer les fautes dans une espèce de responsabilité collective : les indélicatesses (excusez la délicatesse du propos !) sont le fait du système, de certains qui ont servi sous le régime déchu, il n’y a pas d’individus à poursuivre, il n’y a pas de noms. Non ! C’est très court ! Trop facile ! La responsabilité est individuelle, nominale et on ne peut se contenter de tout mettre sur le compte du « système », impersonnel et abstrait et faire passer le tout par pertes et profits. On ne peut non plus condamner sur la base de présomptions, de rumeurs, de conjectures… sans jamais avoir attaqué le fond du sujet. Et quoi donc ?! Suffirait-il que, pour mettre hors-jeu un adversaire, on s’érige à la fois en juge et procureur pour décréter que la rumeur l’accuse d’une faute dont il aura à se blanchir avant de prétendre à quelque responsabilité ? On inverserait alors la charge de la preuve ? Et ce serait le triomphe de la présomption de … culpabilité ? Les juridictions populaires et expéditives? Les tribunaux d’exception qui suivraient les réquisitions de la clameur pour livrer à la vindicte populaire et ordonner le lynchage? Trop peu pour moi. On ne va pas combattre un abus en lui substituant un autre.
Le processus démocratique en Mauritanie depuis la transition d’août 2003 souffre d’un défaut de fabrication, une espèce de péché originel : plutôt que de vider l’abcès en regardant notre passé « le blanc de l’œil dans le blanc de l’œil » on a préféré faire comme l’autruche et à la mauritanienne : Maslaha ! (Arrangement à l’amiable), Mahou mouhime ! (Ce n’est pas important) ...On construisit alors une belle bâtisse sur du sable. Pourquoi s’étonner dès lors qu’aux premières pluies et aux premiers vents l’édifice s’effondre ? « On », bien sûr, comprend les pilotes de la transition et leurs partenaires de la scène politique nationale. C’est ainsi qu’on lâcha la proie pour l’ombre (le soninké que je suis sait depuis la tendre enfance que makha an kittoudou niekhé nwara do an taadu niékhé nwa : il ne faut jamais lâcher le poisson que l’on tient dans la main pour celui que l’on a sous les pieds, en français Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras) : on se contenta de ce que le CMJD donnait sans exiger le plus, auquel on pouvait légitiment prétendre, comme si « un mauvais arrangement valait mieux qu’un bon procès » (« on » cette fois-ci c’est nous tous, les amoureux de la Mauritanie, ses « bienfaiteurs », ses acteurs politiques surtout de l’ancienne opposition…). « On » s’est laissé distraire par l’illusion d’une démocratie libre et transparente et le rêve enivrant de cueillir… un pouvoir mûr et à portée de main. « On » a été à ce point assommé par vingt et une années de dictature, de privations et de brimades qu’ « on » était gagné par l’apathie générale et disposé à se livrer pieds et poings liés au tout-venant. Mais la sagesse wolof ne nous enseigne-t-elle pas que lou bey rotteu kou ko yaakar do mandime sow ? (Quiconque fonde ses espoirs sur ce qu’on peut traire de la chèvre ne s’enivrera point de lait, en français, avec de petites ambitions on a des résultats modestes).
Il faut maintenant reprendre ses esprits et remettre les choses à l’endroit. S’il y a des individus qui doivent répondre de fautes que le pays a incontestablement connues, qu’ils en répondent une bonne fois pour toutes, au nom de la Société. Coupables, ils expieront leurs fautes, symboliquement ou non, et prétendront (ou non) aux rôles que la Société voudra bien (ou non) mettre à leur portée. Innocents, qu’ils soient blanchis. Si, bien sûr, l’objectif est une république dont les institutions fonctionnent normalement dans une démocratie apaisée. Voilà pour le principe du droit positif.
Quant à l’aspect politique, l’Histoire a déjà rendu son verdict en vomissant des individus qui se sont compromis avec le régime le plus nocif, le plus honni de la vie de notre pays, celui-là même qui nous a valu tant de peines, de larmes et de sang ; et les acteurs politiques responsables devraient s’abstenir de leur tendre la planche de salut (même si le degré d’implication n’est pas le même pour tous, il doit certainement y en avoir qui ont suivi le bourreau de bonne foi, en croyant servir le pays en faisant abstraction, par naïveté, de la conjoncture politique générale). Ils ne peuvent désormais prétendre à la rémission qu’en (i) reconnaissant leurs responsabilités, (ii) en abjurant leur passé trouble et leur répugnant compagnonnage avec le dictateur banni et (iii) en demandant solennellement le pardon. Là sera peut être le prix du salut et de la rédemption. Qu’ils ne s’avisent surtout pas, ensuite, de nous demander d’oublier. Ce sera largement au dessus de nos forces.
Salut.

Abdoulaye DIAGANA
France.

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mardi 15 juillet 2008

NEPOTISME ET AUTORITARISME A LA PRESIDENCE : EXPERIENCES A MEDITER.

L’intérêt que nous trouvons aux événements du passé c’est qu’ils donnent l’échelle et inspirent des enseignements qui peuvent mettre les vivants à l’abri de certaines déconvenues. Pour s’en convaincre, nous vous invitons à revisiter des événements déstabilisateurs vécus dans certains pays de notre continent –et d’ailleurs- qui ont pourtant connu une certaine pratique de la démocratie telle que nous l’avons héritée de la Grèce antique après un détour par l’occident judéo-chrétien. Ces événements nous inspirent deux enseignements :

Le premier est que l’ingérence de la famille dans l’arène politique est généralement source de désordres. La gestion patrimoniale des deniers publiques a été la « vertu cardinale » de nombreux responsables politiques au point que certaines pratiques sont reconnues comme propres aux républiques bananières quand bien même elles auraient cours sous d’autres latitudes. Dans une série d’entretiens accordés à Philippe SAINTENY dans le cadre de l’émission Livre d’Or (RFI septembre, octobre 2003), le Secrétaire Général de l’OIF, l’ancien président sénégalais Abdou DIOUF confiait avoir imposé à ses enfants de ne pas se mêler de politique. On ne peut dire qu’il manqua de bon sens. Ceux qui ont ignoré cette espèce de maxime se sont retrouvés dans des situations inextricables, au point de compromettre sérieusement leur carrière politique. En avril 1974, le coup d’Etat qui renversa Hamani DIORI au Niger (pays que connaît bien l’actuel président mauritanien) se solda par la mort de son épouse feue Aissé Hamani Diori. Malgré les actions concrètes que lui reconnaissent les nigériens, celle-ci s’était attirée les critiques de nombreux concitoyens à cause de son implication dans les affaires. « Son mari l’écoutait, et j’ai considéré qu’elle avait sur lui une bonne influence jusqu’au moment où elle s’est lancée dans les affaires. Elle a commencé par faire construire une belle maison qu’elle a louée aux Américains. L’ambassade des Etats-Unis, y voyant un intérêt politique, n’a pas regardé à la dépense. De fil en aiguille, Mme DIORI s’est laissé entraîner dans des opérations douteuses, elle s’est fait octroyer des terres parmi les plus fertiles pour ses cultures maraîchères, etc. La réputation qu’elle s’est acquise n’a peut-être pas été étrangère au fait que le coup d’Etat de 1974 lui a coûté la vie »[1]. Jacques BAULIN, conseiller et défenseur devant l’Eternel du président DIORI reconnaissait qu’« Elle [Mme DIORI] construisait beaucoup, beaucoup trop, à Niamey. Cela faisait jaser. Les Nigériens comme les Européens, à commencer par les ambassadeurs de France et d’Allemagne. À tel point que nous trouvant à Niamey en même temps, Gilbert Comte et moi, après avoir comparé nos informations, étions arrivés à la conclusion qu’il fallait attirer l’attention du Président sur ce problème. Mais pour une mission aussi délicate, aucun d’entre nous n’était prêt à se porter volontaire.

Dans l’après-midi de ce même jour, au cours d’une discussion avec le Président, il me parle des problèmes d’urbanisme que lui pose l’extension de la capitale, la densification immobilière... Je saute sur l’occasion pour lui dire : « À ce propos, Monsieur le Président, vous savez qu’en ville… on parle beaucoup des nombreuses villas de la Présidente... » Sa réponse ? « Baulin ! Allez lui dire ! Je lui ai fait la même remarque hier soir. » Pour une fois prudent, je me suis bien gardé de suivre ses instructions. À ce jour, je ne connais pas le nombre exact de villas construites par feue Mme Aissa Diori. »[2]. L’affaire, on le sait, finira dans le sang avec la mort tragique de Mme DIORI.

Au Bénin, l’arrivée de Nicéphore SOGLO avait suscité beaucoup d’espoirs. Mais les béninois durent déchanter rapidement quand le président civil, démocratiquement élu s’est cru obligé de noyauter l’Etat en plaçant sa parentèle à tous les niveaux : le fils aîné, Léhady était chargé de mission à la Présidence de la République tandis que son jeune frère avait en charge la communication de l’Etat du Bénin. Le beau-frère du président, Désiré VIEYRA était ministre d’Etat et véritable patron du gouvernement même s’il ne portait pas le titre de premier ministre. Saturnin SOGLO, frère du président était ambassadeur en poste à Bonn et Christophe SOGLO cousin du président était responsable de la sécurité présidentielle. Last but not least, l’épouse du président, « la première dame du Bénin » Rosine SOGLO, était à la fois députée et présidente du parti Renaissance du Bénin vers lequel les fonctionnaires carriéristes courraient les mouches vers le pot de confiture. L’affaire ne finira pas dans le sang, mais les béninois perdront leurs illusions au point de remettre le pouvoir à Mathieu KEREKOU, naguère traité de dictateur. Si ces exemples ne suffisaient, méditons ceux de Ferdinand Marcos et de SUHARTO despotes dont les familles respectives organisaient la corruption à l’échelle industrielle et qui finirent tous chassés par la rue. C’est le Nec plus ultra de la patrimonialisation au sommet de l’Etat. Ils resteront dans l’histoire. Pour ça aussi ; ou surtout.

Le deuxième enseignement est qu’il ne suffit pas de jouir de l’onction du peuple et de la légitimité du suffrage universel pour faire un bon président. Nombreux sont ceux qui ont accédé au pouvoir par la voie des urnes, perçus alors comme des sauveurs et qui sont partis à la sauvette, comme des voleurs pour n’avoir pas su trouver un bon équilibre entre fermeté et souplesse.

D’abord Pascal LISSOUBA du Congo. Arrivé au pouvoir par la voie des urnes en 1992 cet universitaire, s’est révélé un piètre président qui, non content de ses choix économiques désastreux (contrat pétrolier léonin avec l’américain OXY) va plonger son pays dans une très meurtrière guerre civile. On se souvient tous des milices « cocoyes » qu’il avait dressées contre les « Cobras » de son prédécesseur Denis Sassou NGUESSO, le tout avec l’arbitrage des Ninjas de Bernard COLELAS. Il quittera le pouvoir chassé par des « Cobras » venimeux appuyés par les angolais.

Il y eut ensuite, Ange Félix PATASSE de la Centrafrique, arrivé lui aussi par la voie des urnes. Plutôt que de discuter avec ses adversaires politiques, il préféra les arguments de la force en allant chercher « son fils » Jean Pierre Bemba de la République Démocratique du Congo -il est aujourd’hui arrêté à la demande du tribunal pénal international qui le suspecte de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, pour viols, tortures et pillages commis en République centrafricaine en 2002 et 2003. Chassé du pouvoir par le Général BOZIZE alors qu’il participait à un sommet au Niger, il erra plusieurs jours à la recherche d’un refuge qui lui fut accordé pour quelques heures au Cameroun. Aux hommes venus lui demander de se préparer à chercher refuge ailleurs dans les quarante huit heures il aurait eu cet éclair de génie : « Ce qui m'est arrivé peut arriver à d'autres ; votre président en a-t-il conscience ? » Ils auraient pu lui répondre « Que n’y avez-vous pensé plus tôt ».

Il y eut enfin Mahamane Ousmane (décidément ce Niger que Sidi ould Cheikh Abdallahi connaît si bien… !) porté au pouvoir en mars 1993 par une coalition de partis regroupés sous le sigle de l’AFC, Alliance des Forces du Changement au terme d’élections saluées par son principal challenger le Colonel Tandja Mamadou. Sitôt installé, le Président se distingua par son autoritarisme au point de désorienter ceux qui l’ont porté au pouvoir (sic !) et de pousser vers l’opposition le PNDS-Taraya. L’opposition devient alors majoritaire et fait voter une motion de censure (vous avez dit similitude ?). Dés le lendemain, le Président Mahamane OUSMANE dissout l’assemblée nationale comme l’y autorise la constitution. Les nouvelles élections confortent l’opposition et imposent la cohabitation que le Président essaie de contourner en désignant de son propre chef un Premier ministre sans l’adhésion de la majorité parlementaire. Nouvelle motion de censure avant même la composition du gouvernement de Amadou Aboubacar CISSE. Le Président se résout alors à nommer, contraint et forcé, le candidat unique de la majorité parlementaire Hama AMADOU. Mais il ne s’avoue pas vaincu et prolonge le bras de fer en se donnant en spectacle : refus de donner la parole à des ministres en conseil, doubles nominations à tous les niveaux de l’Etat (un par le Président et un par le premier ministre…)[3]. La suite ? Ibrahim Baré Mainassara met fin à ce spectacle déshonorant par un coup d’Etat qualifié de populaire et salué presque par tous (y compris par le démocrate, républicain que je suis).

Moralité : Gouverner un pays c’est comme tenir un lion en laisse. Il faut s’employer à ne pas trop tirer sur la corde tout en veillant à ne pas la laisser trop traîner. Ce rappel doit servir de leçon à ceux « qui ont les yeux entre le nez et le front et qui regardent droit devant eux ». Qu’on se le tienne pour dit.

Abdoulaye DIAGANA

France

abdouldiagana@yahoo.fr

www.souslatente.blogspot.com



[1] FOCCART parle, Entretiens avec Philippe GAILLARD. FAYARD/JEUNE AFRIQUE. Paris 1997 Tome II p134

[2] Jacques BAULIN, 15 avril 1974, le putsch, réalités et exégèses. Juin 2008. www.tamtaminfo.com

Au sujet des biens acquis par l’épouse du président DIORI, Baulin ajoute qu’elle a dû recourir à l’emprunt « pour construire d’une part et aménager « le jardin » d’autre part ». Baulin opcit.

[3] Pour approfondir ce sujet lire « CONFLIT AUTOUR DES REGLES NORMATIVES DE LA COHABITATION AU NIGER : ELEMENTS D'ANALYSE JURIDIQUE D'UNE CRISE POLITIQUE (1995-1996), du Doyen AMADOU TANKOANO http://www.polis.sciencespobordeaux.fr/vol2n2/article4.html